Éric Escoffier : L'Humanité survivra-t-elle à l'agriculture (et à la technologie) ? (#1)
Cette conversation part d’une question provocatrice : l’humanité peut-elle survivre à l’agriculture et à la technologie ? Éric Escoffier, invité par Thierry, s’appuie notamment sur les travaux du médecin Michel Odent pour poser le problème en termes clairs. L’agriculture conventionnelle n’est pas simplement un mode de production parmi d’autres, c’est un choix de société vieux de dix mille ans qui a systématiquement contourné les règles du vivant.
Une grande partie de l’échange porte sur la biologie du sol et sur ce que l’agriculture détruit en premier : les micro-organismes, le mycélium mycorhizien et la matière organique qui rendent les racines capables d’absorber eau et nutriments. Éric rappelle qu’un seul arbre peut développer jusqu’à 40 000 km de filaments mycorhiziens, soit la circonférence de la Terre, et que dès qu’on met un sol à nu, cette infrastructure disparaît. Les plantes, comme les humains, ne savent pas se nourrir seules sans leur microbiote.
Éric développe ensuite la logique des systèmes excédentaires : tout système naturel produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, sans quoi il ne pourrait pas durer. L’agriculture conventionnelle fait l’inverse, avec un ratio de 15 à 20 kilocalories investies pour une seule produite. Ce déficit énergétique structurel explique pourquoi ce modèle n’est pas soutenable à long terme et pourquoi il a fallu les énergies fossiles pour le maintenir.
La conversation aborde aussi la déforestation planétaire et ses conséquences directes : désertification, érosion, dérèglement du cycle de l’eau et perte de la capacité d’autorégulation climatique de la planète. Éric insiste sur un point souvent mal compris : ce n’est pas l’eau qui fait la forêt, c’est la forêt qui fait l’eau, et c’est la forêt qui fait le sol. Plus de 40 millions de kilomètres carrés de terres agricoles sont aujourd’hui dégradés ou désertifiés, et l’érosion des sols reste selon lui le problème le plus grave auquel l’humanité est confrontée.
📑 Au programme de la vidéo
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0:00La question qui dérange : survivre à l’agriculture ?Thierry introduit la question d’Éric et le contexte du livre de Michel Odent sur la survie de l’humanité face à la médecine.
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2:08Ce que l’agriculture viole dans le vivantÉric définit l’agriculture comme un modèle qui enfreint les règles fondamentales des écosystèmes, à commencer par la lumière directe imposée aux plantes.
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4:27Le sol vivant et ses micro-organismesExplication du rôle des micro-organismes et de l’argile colloïdale dans la construction du sol, et du parallèle avec le microbiote intestinal humain.
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8:4940 000 km de mycélium par arbreÉric chiffre l’étendue du réseau mycorhizien d’un seul arbre et explique pourquoi mettre un sol à nu détruit cette infrastructure en quelques semaines.
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13:13Un système énergétiquement déficitaireL’agriculture conventionnelle consomme 15 à 20 kilocalories pour en produire une seule, ce qui la rend structurellement non viable sans énergie fossile.
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15:46Systèmes naturels excédentaires contre systèmes agricoles déficitairesÉric explique pourquoi tout système naturel est nécessairement excédentaire et ce que cela implique pour la transition post-fossile.
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17:37Dix mille ans de déforestation planétaireDu Sahara au pourtour méditerranéen en passant par l’Australie, Éric retrace l’histoire des déserts créés par l’activité humaine.
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22:03C’est la forêt qui fait l’eau, pas l’inverseÉric renverse l’idée reçue sur l’eau et la forêt, et explique comment la déforestation et l’érosion sont en réalité le même phénomène.
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24:13Sols morts, déserts et marécages : même problèmeÉric montre que la sécheresse et l’inondation sont deux faces d’un même sol dégradé, et décrit ce que des sols forestiers sains permettent à la place.
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Transcription de la vidéo
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Bonjour Eric. Bonjour Thierry. Eric, tu m'as posé une question il n'y a pas longtemps, enfin tu as posé une question devant moi qui peut paraître scandaleuse quand on l'entend pour la première fois. Ta question, je la résume là, c'était l'humanité peut-elle survivre à l'agriculture et à la technologie ?
Tu as conscience que ce sont des questions qui, posées telles qu'elles, peuvent juste faire crier au fou d'une certaine manière ? Thierry. Oui, d'ailleurs jusqu'à il y a quelques temps ce n'est pas quelque chose que j'exprimais comme ça, même si évidemment dans les formations j'ai le temps, donc voilà. Mais c'est la sortie du livre de Michel Audin qui est médecin.
Thierry. L'humanité survivra-t-elle à la médecine ? Lui aussi pour le coup... Professeur de médecine qui parle en tant que médecin et qui en tant que médecin pense que justement l'humanité pourrait ne pas survivre à la médecine.
Donc je me suis dit, arrêtons de nous cacher ou de ne pas oser dire la vérité, ça fait 10 000 ans pour moi qu'on a fait ce choix de l'agriculture. Thierry Samitier-Lacroix L'agriculture est une évidence a priori, enfin en tout cas pour le commun des mortels, quand on dit on peut produire de la nourriture, on fait de l'agriculture.
C'est le moyen de produire de la nourriture. Thierry Samitier-Lacroix C'est devenu synonyme, une production alimentaire égale à l'agriculture, alors qu'enfin pas du tout, on va voir que c'était justement la pire des façons de le faire.
C'est donc un choix de société qui se fait il y a dix mille ans grossièrement, et qui justement si on en regarde d'un peu près, je veux dire je ne suis pas le seul à le dire, mais on va essayer de synthétiser, pour moi cause à peu près tous les problèmes faramineux à la fois de la planète et de l'humanité aujourd'hui.
Aujourd'hui. Thierry Samitier Je le comprends d'autant mieux, on va le développer, que quand Michel Audin pose la question l'humanité survivra-t-elle à la médecine symptomatique ?
Je pourrais dire la même chose, je pourrais dire que je pense que la plupart des mots de l'humanité actuellement en termes de santé sont liés à ce choix de la médecine symptomatique. Alain Ducosse Oui, et d'ailleurs c'est lié, les deux sont liés.
Thierry Samitier Les deux sont liés d'ailleurs. Qu'est-ce que c'est que l'agriculture ? Alain Ducosse Alors l'agriculture c'est très simple, c'est il y a à peu près 10 000 ans, on rase les forêts, Utiliser ou favoriser des écosystèmes qui produisent spontanément, en tout cas dans le respect des règles du vivant, de la physiologie ne serait-ce que des plantes, de la nutrition des racines, du fonctionnement du sol, etc. On s'est mis à faire à peu près toutes les lois.
Très brièvement, ce n'est peut-être pas l'objet, mais quand même, l'agriculture ça veut dire cultiver en pleine lumière. On a déjà fait des vidéos sur ça, je reviendrai. alors que la photosynthèse ne se fait pas avec la lumière directe du soleil, elle se fait par la lumière indirecte.
Thierry Samitier-Lacroix Je vous confirme que je l'ai vérifié des tas de fois, la première fois où on s'est rencontré tu m'as dit ça, au début ça m'a paru scandaleux, puis j'ai essayé, et j'ai été impressionné de voir que la plupart des plantes que je cultivais prospéraient beaucoup mieux dans une semi-ombre qu'en pleine lumière.
Thierry Samitier-Lacroix Voilà, donc il faut juste faire attention, les gens, nous on n'est pas aussi fin que les végétaux, et des fois on est un petit peu trop simple dans notre esprit, entre la pleine lumière et l'ombre profonde, il y a tout un tas d'intermédiaires que les végétaux mesurent parfaitement.
De toute façon, il y a une raison théorique toute simple, si on prend un arbre banal, la surface foliaire totale cumulée, la somme des surfaces de toutes les feuilles d'un arbre de chez nous banal se compte en centaines d'hectares.
Et la partie qui prend la lumière directe du soleil en dizaines de mètres carrés, en rapport 100 000 entre les deux, ça veut dire qu'à un cent millième près, c'est vraiment un epsilon, la photosynthèse se fait partout sur la planète avec une lumière donc indirecte réfléchie comme là, et non pas avec la lumière directe du soleil, ça c'est une première erreur.
La deuxième erreur, tu voulais re-sélectionner, c'est de mettre les sols à nu, alors ça c'est catastrophique. Thierry Samitier-Leclerc Ça n'existe nulle part. Romain Roland Ça n'existe nulle part. Thierry Samitier-Leclerc Dans le modèle du vivant ça n'existe pas.
Romain Roland Et puis là encore une fois, pour une fois on a des théories qui confirment ça, quand on étudie la façon dont les racines se nourrissent, moi je n'aime pas parler de fertilité, fertilité ça n'a pas de sens, Fertilité des sols, le sol ce n'est pas le problème, la question c'est d'avoir des micro-organismes.
On pourra parler du sol, il y a une recette pour faire du sol, il faut trois ingrédients, bon pas de problème, mais ces trois ingrédients sont fabriqués par des micro-organismes, des classes de micro-organismes dédiés, spécifiques, et en plus parmi ces trois ingrédients il y a une particule d'humus, une particule d'argile colloidale, l'humus est un colloïde aussi, et un calcium bi-positif, un ion calcium par exemple ou autre.
Tout ça c'est fabriqué par les micro-organismes, les ions calciums ne sont pas dans le sol, même dans du sol calcaire, s'il n'y a pas les micro-organismes pour les libérer, en fait ça veut dire attaquer le cristal dion de la roche mer, ça c'est les micro-organismes symbiotiques des racines qui font ça, et qui libèrent des ions calciums, et ce sont eux qui lient cette particule humus et cette particule d'argile colloïdale.
Donc, s'il n'y a pas tous ces micro-organismes, il n'y a pas de sol. Or, ça c'est une première chose. Et puis, on parle toujours de sol vivant, ce qui est vivant dans le sol c'est réellement ce qui est vivant, c'est ces micro-organismes et les racines, voilà. Et puis il y a tous les micro-organismes qui justement, les racines des végétaux, donc les plantes, je rappelle que les arbres sont des plantes, un baobab c'est une plante, les plantes ne sont pas capables,
les racines ne sont pas capables de prendre l'eau et de prendre les nutriments dans le sol, elles ne savent pas le faire ça. Thierry. Exactement comme nous d'ailleurs. Thierry. Exactement comme nous, exactement comme nous.
pour vendre la nourriture dans l'autocultivatif s'il n'y a pas des micro-organismes. Et les antibiotiques qui sont utilisés amènent à de la dénutrition profonde des individus. Thierry Marceau Le biotope en fait c'est plus que des antibiotiques, c'est le biotope intestinal comme tu le dis souvent, c'est le microbiote du sol.
Donc il y a des micro-organismes spécifiques dédiés qui transfèrent l'eau et les nutriments aux racines, et ce sont eux qui nourrissent les plantes. La fertilité ce n'est pas le sol, c'est les micro-organismes.
Par contre, quand ces micro-organismes sont là, évidemment le sol a des propriétés de perméabilité faramineuse qu'on ne trouve qu'en forêt, et des propriétés de structure. Thierry Costas. Les richesses en certains éléments, mais par ce qu'ils vont être utilisés par les micro-organismes.
Rémi Berthiaume. Mais plus important que les richesses en certains éléments, c'est la structure, et ça veut dire le rapport air sur eau, ce n'est jamais mouillé, jamais sec, je reviendrai, on fera des vidéos sur ça, c'est indispensable. Sec et mouillé c'est la même chose, c'est un sol qui est toujours humide, qui est avec une intense activité de micro-organismes qui nourrissent les racines, c'est ça. Donc mettre les sols hors ces micro-organismes, tous là, pour qu'ils vivent il y a une
condition nécessaire et suffisante, c'est qu'ils aient un toit, c'est-à-dire que le sol soit couvert par n'importe quoi. On y reviendra aussi, même des pierres ça marche très bien. Carton c'est un peu toxique mais...
Thierry Marcet au Cambodge j'ai vu des gens couvrir des sols avec des canettes de coca, parce qu'ils avaient ça sous la main, et ils disaient de toute façon ça protège les sols. Mais même ça aussi, je suis désolé de le dire, mais même des plastiques de paillage comme on peut le voir en agriculture biologique, c'est du plastique.
Bon, c'est du plastique ok, mais ça fait très bien vivre les micro-organismes dessous, ça fait le toit dont ils ont absolument besoin. Après, de quoi ils se nourrissent ? Si c'est une litière organique, du mush, bon ok, ils vont manger la litière, mais même si c'était que des pierres ou du plastique, ce n'est pas un problème parce que nous on va cultiver une intense diversité densité de plantes, Donc une intense diversité d'ensuite de racines.
Il faut savoir que 50 % du système racinaire de toutes les plantes, des arbres, des plantes, meurt chaque année. En fait, il y a beaucoup de racines. Parmi les racines, il y a des troncs, des branches et des feuilles.
C'est exactement comme en l'air. Donc les racines meurent par quantité phénoménale dans le sol. Plus il y a de racines, plus il y a de morts de racines. Ça, c'est à manger au micro-organisme, mais il faut qu'il soit présent et pour ça il faut qu'il y ait un sol couvert.
Donc dès qu'on découvre les sols, on perd toute la nutrition des racines, On perd au passage la gratuité de l'azote puisque l'azote est pris dans l'air, mais dans l'air du sol à condition que le sol ne soit ni mouillé, ni sec, toujours humide, toujours couvert, et que ce soit ces fameux micro-organismes qui soient présents et qui passent l'azote...
Thierry Marcette. Mais vraiment de l'azote gratuit ? Alain Rocher. Voilà, complètement gratuit, 70 % de l'azote à l'air. Thierry Marcette. Les agriculteurs se ruinent à acheter de l'azote, là aussi c'est le modèle inefficace de l'agriculture.
Alors on disait, l'agriculture ne respecte pas la notion d'ombre... D'ombre, sol couvert, micro-organismes, vie du sol, les plantes ont besoin de plantes... Thierry Marcette -"Vie du sol qui est nécessaire pour que les plantes puissent s'alimenter, sans ça les plantes ne peuvent pas s'alimenter."
Thierry Marcette -"Sans ça les plantes ne peuvent pas s'alimenter." Donc ça donne tous les problèmes de l'agronomie, ça donne comme tu dis l'addiction à l'azote, au phosphore, Thierry Marcette -"On peut rajouter des comprimés alimentaires permanents."
C'est pareil pour tout, les phosphates, la potasse, le fer, tout ça, que ce soit les anions, les nitrates, les phosphates, les sulfates, et puis après tous les kélas, le fer passe sous forme de kélas, tout ça c'est fabriqué par des micro-organismes, c'est mobilisé biochimiquement, biodisponiblement je veux dire, par les micro-organismes et c'est transféré aux racines par les micro-organismes.
Justement, une petite remarque, je voulais dire, et puis j'ai oublié, Tu sais, un pied de blé, 5000 kilomètres de longueur de racine cumulée, un arbre ça peut être 200 kilomètres pour le pied de blé, 5000 pour un arbre.
Mais pour un arbre, pour chaque mètre de longueur de racine, tu as 1 à 2 kilomètres de mycélium mycorhizène, c'est-à-dire de filaments, de champignons mycorhiziens. Justement, ça veut dire que pour un arbre tu atteins 40 000 kilomètres, c'est-à-dire la circonférence de la terre à l'équateur de mycéliums mycorhiziens qui explorent le sol, récupèrent l'humidité et les nutriments et les transfèrent aux racines d'un seul arbre, t'imagines ? C'est ça qu'il faut comprendre.
Donc quand on enlève le mulch ou la litière et qu'on met les sols à nu, et en plein soleil encore plus, ce qui peut monter à 70-80 degrés en plein été, un sol annuel, s'il est argileux notamment.
Bon, tout ça disparaît, donc nos poids végétaux ne sont pas nourris, ils ne peuvent plus faire de photosynthèse, l'autre chose qu'on fait c'est qu'on fait des monocultures, or les végétaux ont absolument besoin d'autres plantes pour pousser et même d'être serrés les uns contre les autres.
Plus il y a de diversité, plus il y a de densité. Thierry Marcet. Si tu regardes un sol naturel, les plantes sont mélangées, Thierry, et avec une explosion de puissance, ce qui est hallucinant.
Thierry, donc en fait ça veut dire que les déchets des uns sont les nutriments des autres au niveau des racines, et ça veut dire qu'il y a une résilience phénoménale qui est apportée par l'incroyable diversité. La résilience est une propriété qui émerge spontanément du système quand il est soutenable et suffisamment diversifié.
Thierry, résilience veut dire stabilité du système. Thierry, stabilité, autorégulation. Thierry, capacité à résister, adaptation et capacité à résister à des événements extérieurs.
Le système va bien les absorber. Thierry C.: Tout à fait, et au passage pas de maladies, ravageurs et pestes en alcool naturel et dans les systèmes en permaculture, à condition qu'ils soient suffisamment diversifiés et densifiés.
Densifiés horizontalement, on serre les plantes les unes contre les autres, et densifiés verticalement, c'est-à-dire multi étagés, justement comme ça on a des degrés d'ombre variable et on peut piloter.
Notre accélérateur du système en fait c'est le pilotage, c'est les stores, c'est le pilotage de la quantité de photons qui tombe à chaque étage, Parce qu'évidemment, les plantes préfèrent pousser à l'ombre, mais entre les pionnières qui préfèrent une ombre légère et les climatiques qui préfèrent une ombre poussée, c'est beaucoup plus important, on a tous les intermédiaires et nous, on veut cultiver absolument de tout.
Et puis dans la forêt, selon les types de forêt, on a plus d'espèces de lumières ou alors elles sont cantonnées au lisière. Et puis dans une forêt très sombre, on prend une forêt...
imagine un reliquat de forêt primaire de chêne vert méditerranéen, il fait très sombre là-dedans, évidemment, on va perdre le pissenlit là-dedans en sous-bois, mais on aura d'autres espèces et moins de l'ombre.
Donc nous on va jouer sur tout ça, donc ombre, mulch, diversité d'ensité. Thierry Coullons C'est les grands principes qui sont violés. Alexandre Coullons Oui. Thierry Coullons Alors, quelles en sont les conséquences ?
Alexandre Coullons Les conséquences... Thierry Coullons L'humanité survivra-t-elle à l'agriculture ? Qu'est-ce que l'agriculture ? On l'a défini. C'est un modèle qui a enfreint les lois du vivant. La pire des façons de produire de quoi ?
Alors, parce que ce n'est pas que la nourriture, c'est nourriture, matériaux, énergie, ça c'est les fruits entrants, mais en plus sortant les déchets, un seul anus zéro carbone, tous nos déchets sont toxiques, excréments solides, excréments liquides, des animaux domestiques, de nous, bon, tout ça, c'est le même problème qu'en ville, on ne sait pas les gérer de manière non toxique.
Donc, si tu veux, nos 4 besoins, nourriture, énergie, matériaux, zéro déchet, ont absolument besoin d'une grande quantité de carbone et d'un écosystème qui fonctionne puissamment et donc qui respecte les lois des systèmes naturels qui vivent.
Sinon ça va être quoi ? Ça va être pesticides parce que maladie, ça va être fertilisant parce qu'ils ne sont pas nourris, on vient de le voir, ça va être irrigation, ça va être...
c'est déjà pas mal, ça fait beaucoup d'énergie. En agriculture, on consomme 15 à 20 calories investies dans le système pour sortir une calorie du champ. Tu le répètes, c'est parce qu'on ne le dit pas.
C'est un système qui est extrêmement déficitaire, 15 à 20 calories investies dans le système pour en produire une. Donc ça ne marche pas. Ça ne marche pas, ça veut dire système esclavagiste, on va y revenir.
Alors que le système naturel... C'est un système qui n'est pas du tout pérenne puisque de toute façon un tel déséquilibre ne peut pas marcher. Il n'est pas pérenne, il n'est pas soutenable, il est déficitaire, alors que le système naturel sont excédentaires, c'est-à-dire qu'ils produisent plus qu'ils ne consomment.
De toute façon les systèmes naturels ne peuvent pas ne pas être excédentaires, sinon ils n'auraient pas perduré carrément. Un système qui consomme plus d'énergie qu'il n'en produit est un système qui ne peut pas marcher, donc déficitaire. Les systèmes naturels sont excédentaires, ils produisent plus qu'ils ne consomment.
Thierry Marxineau Parce qu'il ne peut pas en être autrement. Si on refait cette petite vidéo, si on fait plutôt une petite histoire de la terre et de la vie, on voit bien en quoi ce sont des propriétés génératrices qui créent de l'anégantropie, qui créent des nouvelles molécules et molécules organiques qui n'existaient pas dans la photosynthèse, enfin quasiment pas.
C'est très simple, la première photosynthèse c'est à peu près 4 milliards d'années en arrière, avant il n'y avait quasiment pas de matière organique, il y avait quelques micro-organismes, très peu, et ça veut dire que la matière organique majoritairement, et c'est ce qui nous intéresse, est fabriquée par la photosynthèse.
Et ça, ça fabrique des nouvelles molécules, de la nouvelle organisation, ça a fabriqué les plus grandes forêts du monde, ça a permis de fabriquer les plus grands animaux du monde qui mangent sur les végétaux, l'homme aussi mange sur les végétaux.
Ça c'est génératif, c'est excédentaire, ça s'appelle soutenant, ça produit plus que ça ne consomme, évidemment c'est résilient. Ça c'est le modèle que l'on va prendre en termes actuels du système naturel.
Donc en agriculture c'est tout le contraire, le système est déficitaire énormément, 20 calories pour une ça veut dire système esclavagiste de fait. Thierry Samitier-Leclerc Pourquoi tu dis système esclavagiste de fait ?
Parce que comment tu fais pour investir 20 calories dans un système si tu n'as pas des centaines de personnes qui bossent pour rien ? c'est-à-dire qu'ils bossent, enfin c'est quand même dingue.
Quelle espèce animale, végétale pourrait consommer plus d'énergie qu'elle n'en retire du système ? C'est juste impossible. Thierry Marx c'est totalement aberrant, c'est contraire à toutes les lois de la vie.
Contraire à toutes les lois de la vie, ce n'est pas pour rien qu'aujourd'hui l'empreinte écologique des pays riches elle est de 4, 5, 6, 7, ce n'est pas pour rien qu'on est addicté aux énergies fossiles parce que ça c'est des énergies, on ne consomme pas l'énergie qui arrive en permanence, en flux, sur la planète.
Quand on bouffe des énergies fossiles, on bouffe ce qu'elle a accumulé pendant des millénaires. Donc si demain on coupe ça et il nous reste la photosynthèse, on a intérêt à faire des systèmes qui produisent le plus qu'ils ne consomment, sinon on ne survivra pas.
Thierry Coulon — C'est drôle ce que tu dis, parce que moi souvent dans mes cours, j'insiste là aussi là-dessus, je dis que notre époque est une époque sur le plan du corps humain de grand catabolisme. Donc consommation extrêmement rapide des ressources, et donc comme on consomme très vite les ressources aussi, énorme production de déchets à une vitesse que le système ne peut pas traiter.
Donc on a la double peine, c'est-à-dire qu'on consomme trop de ressources et en plus on produit trop de déchets à une vitesse que le système ne peut pas traiter. Donc en vérité dans la nature les déchets normalement sont toujours recyclés, la notion de déchet est créée par l'homme.
A.B. – Absolument, et puis double peine et triple peine parce qu'en plus ce qu'on consomme c'est toxique, en plus on en consomme trop. T.M.L. – Oui, parce qu'on en consomme trop et déjà voilà. A.B.
– Et puis ils sont intrinsèquement toxiques, Ce qu'on file aux végétaux en agriculture c'est intrinsèquement toxique, et ce que nous on bouffe c'est intrinsèquement toxique de toute façon. Ce n'est pas l'alimentation physiologique ni de l'homme, ni des humains, ni des plantes dans le système agricole, technologie, médecine, etc.
C'est le même problème tout ça de toute façon. Donc effectivement... Thierry Macron. Dis-moi, on a vu pourquoi le modèle agricole n'était pas fonctionnel, il ne fonctionnait pas, quelles en sont les conséquences ?
C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de faire un constat du chaos actuel, tu vois, un côté un petit peu dramatique. Thierry C.: On peut lister quoi. Thierry M.: Mais rapidement, ce n'est pas pour faire du dramatique, c'est juste pour avoir les yeux ouverts.
Thierry C.: 100 % ! De toute façon, on pose une question, l'humanité est souveraine à l'agriculture et à la technologie, bon, il faut quand même lister les problèmes, voilà. Donc bon, le premier, on va aller prendre dans un ordre qui est ce qui est, La déforestation massive à l'échelle de la planète quasiment maintenant, notamment de la bande intertropicale, là aussi dans les formations, j'insiste bien, c'est vieux,
le porto méditerranéen ça date d'il y a plusieurs milliers d'années, ça commence il y a 8000 ans. La déforestation ? Thierry Samitier-Leclerc Le porto méditerranéen, déforestation, c'est-à-dire qu'on avait des forêts partout, on a fait des déserts à peu près partout, le Sahara, et puis tout le portour méditerranéen d'une certaine manière est quasiment un désert aujourd'hui.
Bon, ça date de milliers et de milliers d'années bien avant les Romains, après il y a la vague romaine qui déforeste à peu près toute l'Europe jusqu'à l'Ecosse, et puis après indépendamment il y a ce qui se passe, c'est très intéressant, pour une fois ce n'est pas les blancs, en Australie, en Afrique, voilà, toutes ces savannes d'Afrique etc.
étaient déforées. Thierry – Et sur le pâturage là c'est quoi ? Justement, il faudra y revenir parce que ça reste quelque chose qui n'est pas encore complètement admis par toute la communauté scientifique, mais aujourd'hui on a à peu près une bonne idée.
Ces déserts et ces prairies ne sont pas primaires, ils sont anthropogéniques, mais pour l'Afrique et pour l'Australie c'est un petit peu complexe, les savannes, donc il faut développer ça, c'est-à-dire qu'au départ il y a une cause anthropique, mais ensuite c'est une écologie subspontanée qui perdure aujourd'hui.
donc je ferme la parenthèse, je ne veux pas rentrer là-dedans, ça prend trop de temps. Enfin, et puis après il y a l'Amérique du Nord où pareil, on a créé des prairies de manière complètement artificielle, bon, ça aussi il faut développer plus précisément, je ne préfère pas ouvrir la chose maintenant, mais en tout cas il y avait des forêts partout et il reste un peu de forêt.
Mais si on regarde les trois bassins dans la bande intertropicale, Amazonie, bassins du Congo, Indonésie et Asie là, c'est là, je l'ai déjà dit, je le redirai, c'est à la fois le cœur, le poumon, le moteur de la vie de la planète.
Thierry Marcette-Lambert. Oui, parce que j'ai été gentil avec tes forêts, mais moi sans être impoli, je n'ai rien à cirer les forêts. Moi à mon niveau, chez moi, je m'en fous les forêts.
Alors, il y a deux réponses, la première on a absolument besoin de, la planète a besoin de forêt parce que c'est son cœur, son poumon, sans quoi la planète ne vit pas, sans quoi on perd les espèces, sans quoi elle s'effondre en tant qu'organisme vivant et sans quoi elle ne pourra pas continuer à porter la vie.
Les permaculteurs australiens, déjà en 2010, ils parlaient de géocide, de biocide, biocide c'est-à-dire la planète qui perd sa capacité à être en vie, les océans se meurent, les océans se vident, ça veut dire qu'il n'y a plus de zooplancton, il n'y a plus de phytoplancton, je ne te dis pas les conséquences sur le CH4, le CO2, les gaz à effet de serre, Bon, c'est une catastrophe, mais en tout cas la planète ne peut pas vivre.
L'organe fondamental de l'autorégulateur, donc de l'homéostasie ou de la résilience, de la planète en tant qu'organisme vivant, ce sont les forêts. Tu le déclines sur le climat, sur tout ce que tu veux, mais ce sont les forêts.
Thierry Marcet C'est ce qui explique que si on parle d'homéostasie, on parle aussi d'adaptation, on parle de résilience, une planète qui se déforeste, c'est une planète dans laquelle le chaos climatique va être de plus en plus grand parce qu'il n'y a plus ces fonctions de régulation.
Thierry C.: C'est fondamental, chaos climatique, chaos à tout point de vue de toute façon, ça c'est, et puis bon, tout simplement la perte de la vie, les espèces disparaissent, ok, mais la vie disparaît, on fait des déserts à la place des forêts depuis 10 000 ans partout sur la planète.
Cette fameuse... Thierry C.: C'est marrant parce qu'il y a la fameuse phrase de château brillant. Thierry C.: Alors en fait ce n'est pas de château brillant, il semblerait, alors bon, c'est quelqu'un qui m'a écrit en disant finalement ce n'est pas de château brillant, donc j'ai un peu regardé, effectivement ça semble ne pas être chateaupoyant, on ne connaît pas l'origine, mais bon, effectivement c'est d'une pertinence toute... Thierry, elle dit cette phrase ?
Thierry, elle dit que la forêt précède les peuples, le désert les suit. C'est-à-dire que nous l'humanité, on se pointe, on a la forêt, on profite de la forêt, on la rase, c'est la forêt qui crée les sols, on y reviendra aussi, ce n'est jamais le sol qui fait les végétaux, c'est les végétaux qui font les sols.
Quand les végétaux sortent de l'eau sans primitif, il n'y a pas de sol et il n'y a pas de matière organique émergée, c'est bien eux qui fabriquent les premiers sols sur la matière minérale. Donc nous on se pointe, jusqu'à il y a 10 000 ans tout allait bien, enfin tout allait bien, on a commencé à faire du feu il y a 200 000 ans. Bref, à partir d'un certain moment on rase les forêts, quand on rase les forêts on utilise un petit peu la fertilité que la forêt avait fabriquée sur le sol,
OK, ça dure, ça dépend du climat, du régime de pluie, des zones, etc. Ça dure quelques années et puis on rend à la planète le désert.
C'est-à-dire qu'on bouffe notre planète, notre mer si tu veux, on consomme un peu notre mer et on la rend morte complètement. Alors déserts, je finis, je vais oublier sinon tu vas me le redire après, déserts qui sont donc stériles, qui ont donc un effet sur le climat catastrophique, qui sont salinisés, on y reviendra peut-être, mais dès qu'une terre est à nu, dès qu'il pleut qu'on irrigue, mais dès qu'il pleut elle se salinise, donc des sols morts,
il y a aujourd'hui plus de 40 millions de kilomètres carrés de terre agricole mortes, dégradées, désertiques ou semi-désertiques, en tout cas qu'on ne sait plus cultiver en agriculture, en permaculture on sait, mais en agriculture on ne sait plus.
Voilà ce que fait l'agriculture entre autres. Thierry Marcet On pense souvent que la différence entre une forêt et un désert c'est le manque d'eau. Voilà, c'est l'autre truc. Thierry Samitier-Lacroix Tu dis souvent non, ce n'est pas le manque d'eau, c'est l'homme. Thierry Samitier-Lacroix J'adore rapprocher ces deux phrases.
La forêt précède les peuples, le désert les suit, et l'autre c'est la différence entre la forêt et le désert, ce n'est pas l'eau, c'est l'homme. Ce n'est pas l'eau qui fait la forêt, c'est la forêt qui fait l'eau.
Ce n'est pas le sol qui fait la forêt, c'est la forêt qui fait le sol. La forêt fait le sol et l'eau. Le régime de l'eau douce est fabriqué par l'eau. D'ailleurs un jour, on va se faire une vidéo parce que j'en ai marre d'entendre partout dire l'eau c'est la vie, c'est parfaitement faux.
C'est-à-dire l'eau c'est la vie, ça veut dire c'est parce qu'il y a de l'eau qu'il y a de la vie, c'est faux, et d'ailleurs c'est dangereux. C'est parce qu'il y a de la vie, c'est la photosynthèse qui fabrique l'eau.
Mais on y reviendra, c'est un peu... Thierry Macron, c'est une belle démonstration, mais c'est une inversion globale, c'est génial. Moi je subis d'accord. Non mais c'est dangereux, moi je m'en fous qu'on dise des bêtises, mais là c'est dangereux, c'est-à-dire c'est inéluctable d'avoir des déserts, c'est le climat, il ne pleut pas assez, l'eau c'est la vie, il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de vie,
non ! Je suis capable de faire pousser des végétaux dans le désert, dans ces ments diversément, et ça va recréer de l'eau, ça va changer la pluviométrie, parfois très rapidement, ça refait couler des sources, ça recharge une nappe phréatique, s'il n'y a pas d'arbre ça ne peut pas se passer de toute façon.
L'eau c'est la vie et la photosynthèse qui fabrique l'eau et pas le contraire. Donc ce n'est pas inéluctable encore une fois qu'on manque d'eau, qu'on est des déserts, c'est absolument notre choix.
On a pris des forêts, on en a fait des déserts, on a perdu l'eau, on a perdu le climat, on se retrouve avec des systèmes qui soit sont trop secs, soit sont secs mais quand il pleut sont anaérobiques, inondés, saturés d'eau, debout, etc. C'est la même chose en fait.
Non, on a le choix de faire le contraire, de transformer ces déserts ou ces déserts marécages, parce que déserts flaques d'eau, boue, c'est la même chose en fait, le sec et l'eau c'est la même chose.
On a le choix de... voilà, c'est la même chose. De même que la boue ou la poussière, c'est la même chose. Non, nous, on est capable de faire ce que faisaient les forêts, des sols toujours humides, toujours perméables, c'est-à-dire jamais mouillés, jamais secs, toujours humides, toujours perméables, jamais de boue, jamais de poussière, jamais de mottes, mais toujours un sol structuré qui ne se moule, un complexe organominéral,
un colloïde qui a des perméabilités faramineuses, qui se compte en plusieurs dizaines de centimètres de plusiométrie à l'heure. Il y a des forêts dont le sol a une perméabilité de 50, dans des cas extrêmes 80, rarement, mais 50 cm de pluviométrie à l'heure de perméabilité, alors que le moindre champ à nu, il pleut 3 mm, ça fait une flaque s'il est plat.
Une perméabilité nulle, d'érosion. Déforestation, agriculture, déforestation, érosion, l'érosion. La déforestation et l'érosion c'est la même chose, mais c'est le plus grand problème de la planète et de l'humanité aujourd'hui.
La planète, on va crever pour ça si on ne règle pas ce problème, c'est... Et puis après, il y a le côté sociétal. Énergie, esclaves, pesticides, toxicité, et donc dépendance de la technologie qu'on ne maîtrise pas, qui est toxique, toutes ces choses-là, on peut détailler un petit peu.
Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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