Le jeûne, la fête du corps n°5 - jeûne spirituel & prière avec Patrick Fontaine
Dans ce cinquième épisode de la série sur le jeûne, Thierry invite Patrick Fontaine, ancien pasteur devenu formateur, pour une conversation sur la dimension spirituelle du jeûne. Les deux hommes partent d’un constat simple : toutes les traditions religieuses, du ramadan au carême en passant par le bouddhisme et les pratiques grecques antiques, ont intégré le jeûne comme une pratique centrale, souvent associée à la prière.
Patrick s’appuie sur une citation d’Athanase d’Alexandrie (4e siècle) qui décrit le jeûne comme un acte à la fois thérapeutique, psychologique et spirituel, bien avant que la médecine moderne ne documente ses effets sur le corps. Il retrace ensuite le glissement historique qui, à partir du Moyen Âge, a transformé le jeûne en instrument de mortification du corps, en confondant « chair » et « corps » et en perdant le sens originel de la pratique.
La conversation s’attarde sur le texte d’Ésaïe 58, où Dieu recadre précisément ce qu’il attend d’un jeûne : non pas une performance visible ou une privation triste, mais un travail intérieur sur soi, sur ses discours et ses relations. Patrick cite aussi l’injonction de Jésus à jeûner discrètement, sans en faire une démonstration, ce qui renvoie à la notion araméenne d’hypocrisie comme « prise d’apparences ».
La dernière partie aborde le lien entre jeûne, prière et retour sur soi : Patrick explique que prier, en hébreu, c’est littéralement « aller vers soi » pour rencontrer Dieu à l’intérieur, ce qui fait écho à ce que le jeûne produit sur le plan physique avec l’autophagie. Les deux pratiques convergent vers la même idée : le corps n’est pas un obstacle ni un ennemi, mais un sanctuaire à entretenir.
📑 Au programme de la vidéo
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0:00Présentation de Patrick FontaineThierry introduit son invité, ancien pasteur devenu formateur, et pose la question du lien entre jeûne et prière dans les traditions spirituelles.
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1:00Le jeûne dans toutes les religionsPatrick passe en revue la présence universelle du jeûne, du ramadan au bouddhisme, et son association quasi systématique avec la prière.
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2:47Pythagore, Socrate et les Pères de l’ÉglisePatrick cite les pratiques de jeûne chez les philosophes grecs et lit la définition holistique du jeûne par Athanase d’Alexandrie au 4e siècle.
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5:37Le glissement vers la mortification du corpsÀ partir du 4e siècle, le sens du jeûne bascule : le corps, confondu avec la « chair », devient suspect, et le jeûne devient punition plutôt que soin.
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11:14Ésaïe 58 : ce que Dieu attend vraiment du jeûnePatrick lit et commente le seul texte biblique où Dieu définit lui-même le jeûne qu’il approuve, en s’opposant à la mortification et à l’hypocrisie.
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16:55Jeûner sans le montrer : la discrétion selon JésusJésus demande de jeûner sans que cela se voie, ce que Patrick relie au sens araméen du mot « hypocrite » : celui qui prend des apparences.
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22:23Jeûne, appétits et développement spirituelPatrick explore comment maîtriser l’appétit alimentaire, le plus fondamental, influe sur tous les autres appétits et favorise la croissance intérieure.
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25:19La prière comme retour vers soiPatrick explique qu’en hébreu, l’appel de Dieu signifie littéralement « va vers toi », ce qui fait du jeûne et de la prière deux chemins vers le même intérieur.
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30:48Le corps comme sanctuaire, pas comme bouletPatrick conclut sur la vision biblique du corps comme sanctuaire de Dieu, à l’opposé de la tradition qui en a fait un obstacle spirituel.
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Transcription de la vidéo
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Lire la transcription
Salut Patrick. Salut Thierry. Je te remercie de nous consacrer du temps Patrick pour te présenter. Tu es un ancien pasteur. Oui. Devenu formateur maintenant. C'est ça. Et en fait, je te remercie de m'avoir accordé ce temps parce que j'avais envie de parler avec toi de jeûne et de prière.
Parce que quiconque s'intéresse à toutes les spiritualités voit que toutes les voies spirituelles ont toujours encouragé le jeûne. Et le nombre d'entre elles, le jeûne et la prière. Je voulais te demander un petit peu, puisque tu as quand même réfléchi à la chose, tu as pratiqué la chose, quel est ce lien qu'il y a entre le jeûne, la prière, et comment est-ce qu'ils peuvent se nourrir l'un et l'autre ?
Pourquoi l'associer les deux ? – D'accord, la première chose qu'il faut savoir c'est, toutes les religions sans exception parlent de jeûne. Chez les musulmans il y a le ramadan, chez les catholiques il y a le carême, chez les hindouistes on propose le jeûne.
Le jeûne est présent dans toutes les religions. Même chez les bouddhistes, par exemple, le bouddhage essaie à jeûner énormément avant d'avoir sa révélation sur l'arbre de la bouddhie. C'est ça. Donc le jeûne a une très grosse importance. Après, ce que l'on fait pendant le jeûne, c'est souvent la prière.
Donc les deux déjà sont liés. On a du mal à concevoir un jeûne sans prière déjà, prier sans jeûner c'est possible, jeûner mais jeûner sans prier ça me paraît déjà beaucoup plus difficile. Tu veux dire que c'est quelque chose qui vient spontanément au cours du jeûne ?
Là je parle du jeûne dit spirituel, avec une portée où on essaye d'aller à la rencontre de Dieu. Oui, ce n'est pas une grève de la faim, ce n'est pas une pétition qu'on fait vis-à-vis de Dieu, je mangerai que quand tu te seras révélé.
C'est pas une performance non plus, c'est un exercice spirituel, donc si on est en recherche de Dieu, parler à Dieu ça s'appelle prier, donc on est à la fois dans la recherche de la dimension spirituelle et dans cette recherche on a des temps où on communique avec Dieu, soit en parlant, soit par nos silences, soit par notre écoute, mais il y a une communication avec Dieu.
Après ce qu'il faut savoir c'est que le jeûne avec une dimension spirituelle il est aussi vieux que ce qu'on a pu retrouver comme je dirais comme enregistrement dans l'humanité. Sixième siècle avant Jésus Christ, Pythagore avant d'intégrer l'école d'Alexandrie il a jeûner 40 jours pour pouvoir passer les examens.
On trouve que ce n'est pas même 40 jours d'ailleurs. Oui, 40 jours, c'est très souvent. Et 40 jours en fait, je pense que tu es très bien placé pour le savoir, c'est aussi un cycle pour l'autolyse et pour la régénération.
Et Pythagore a été surpris de la lucidité qu'il avait et de la vigueur physique. Et du coup, quand il a ouvert une école en Sicile à Crotone, il l'a imposé à tous ses étudiants. Pour rentrer dans cette école, il fallait passer par cette famille de jeunes.
Oui, et il l'imposait comme mode de vie de façon à lever une nouvelle génération de penseurs. Un peu plus tard, c'est Platon. Platon a fait la même chose. Lui, il faisait des jeûnes de dix jours et son élève, j'ai dit Platon là ?
C'était Socrate. Non, c'est Socrate. Socrate et dans l'élève était Platon. Et Platon a reproduit les mêmes choses que son maître, ils ont jeûné régulièrement. Je vais lire une petite citation des pères de l'Église, il s'appelle Athanase, il était basé à Alexandrie.
On dit souvent que c'est un mystique, ça c'est un mot pour dire qu'il vivait quelque chose que les autres ne vivaient pas. Ça ne veut pas dire que c'était mal. C'est le monde qui rejette celui qui ne fait pas exactement tant comme lui.
Mais ça veut dire qu'il ne vivait pas seulement dans la sphère physique ou intellectuelle, mais qu'il avait une véritable vie spirituelle. Et à propos du jeûne, donc c'est Athanase du IVe siècle, Athanase d'Alexandrie, il dit « Le jeûne guérit les malades, il dessèche tout écoulement, il repousse les démons, il expulse les pensées malsaines, il rend l'esprit plus clair et purifie le cœur, il sanctifie le corps et transporte l'homme sur le trône de Dieu.
Le jeûne est une grande force et il mène à de grands succès. Oui, on voit qu'il associe les mots physiques et les mots spirituels. Pour lui, tout est lié déjà. C'est ça. Pour moi, c'est la plus belle définition du jeûne qu'on trouve dans l'histoire.
Le jeûne est une grande force, il mène à de grands succès, là tout est dit. Tout est dit. Quatrième siècle avant Jésus-Christ. Après, il y a la guérison des maladies, il repousse les démons, donc toute mauvaise influence, il expulse les pensées malsaines, il rend l'esprit plus clair, une clarté, il purifie le cœur, je pense qu'on est beaucoup à vouloir ça, il sanctifie le corps, transporte l'homme sur le trône de Dieu,
c'est-à-dire on atteint le but, on touche quelque chose et après le jeûne est une grande force. Moi ce que j'aime c'est, si on étudie bien les mots, une grande force, si on ne dit pas pourquoi, c'est une grande force pour beaucoup de choses et il mène à de grands succès.
Il y a une influence sur notre corps, il y a une influence sur nos pensées, sur notre âme, il y a une influence spirituelle, il y a même une influence au niveau de nos circonstances et de nos projets.
Je n'ai jamais vu une définition dans l'histoire de l'Église qui qui était autant holistique. Qui englobait toutes les dimensions. Ça englobe tout. Dedans, on peut même y glisser le jeûne thérapeutique, il est, le jeûne guérit les malades, tous les désordres psychologiques, il expulse les pensées malsaines, il purifie le cœur.
Oui d'accord, on retrouve un petit peu tout ce que j'ai développé dans cette série sur le jeûne, dans laquelle je montre que le jeûne est valable pour le cancer, pour le sport, pour les maladies nerveuses, c'est pour les maladies neurodégénératives et ainsi de suite.
Alors, ça fait du bien de l'exprimer. Là, lui, il rassemble, il dit ne vous posez pas de problème, tout y est. – Tout y est, et là, c'est le quatrième siècle.
Et le problème, il y a quand même un problème dans ce que je vais dire, c'est qu'à partir du quatrième siècle, la mentalité religieuse a changé. C'est pour ça qu'on l'appelle un mystique, parce qu'il avait gardé la mentalité à l'ancienne.
Mais à partir à peu près de cette période-là, On a commencé à ne plus voir le corps comme étant un sanctuaire ou un temple où Dieu résiderait, mais on a commencé à voir le corps comme un complice ou un suppôt de Satan.
Donc on a changé le rôle du jeûne. Là le jeûne c'était pour guérir, pour avoir l'esprit clair. Là d'un seul coup on est passé au jeûne pour mortifier le corps, mortifier la chair.
Le jeûne d'expiation. Voilà, et pour punir l'âme parce qu'on est des pêcheurs misérables. Alors qu'il y a une perversion complète de ce qui était l'esprit du jeûne. Exactement, et du coup aujourd'hui on a encore les vestiges de cette perversion, parce que pour beaucoup de gens le jeûne c'est quelque chose de triste, c'est quelque chose où on se mortifie, c'est quelque chose où on n'aborde jamais de gaieté de cœur.
On a l'impression que c'est un devoir vis-à-vis de Dieu. Peu de personnes en fait comprennent qu'il y a tout bénéfice pour nous. Tout à l'heure tu as utilisé une phrase que j'ai beaucoup aimée, d'ailleurs je t'ai demandé si je pourrais la réutiliser, tu m'as dit mais en fait le jeûne c'est la fête du corps.
C'est la fête du corps. C'est la fête de l'âme, c'est la fête de l'humain. C'est la fête de l'être, carrément. Et ça c'est ce qui a été perdu depuis qu'il y a eu ce changement au quatrième dans lequel finalement on a fait du corps quelque chose de mauvais et qu'on rejette profondément.
On a confondu la chair et le corps très vite. La chair en fait c'est marcher dans l'indépendance de Dieu, marcher selon la chair dans la Bible c'est marcher dans l'indépendance de Dieu. Et on a très vite confondu chair et corps.
Et d'un seul coup on a commencé à mépriser tout ce qui était le corps. Le corps est contre Dieu. La chair c'est un état d'esprit par rapport à l'utilisation de nos moyens physiques. Complètement. Un être charnel, c'est quelqu'un qui vit sans s'occuper de Dieu.
Qui vit selon ses propres besoins ? C'est ça. Donc je dirais que quelqu'un qui est charnel, il le reste même dans les choses spirituelles, quelque part. Charnel ne renvoie pas à la chair, il renvoie au mental ?
Au mode de fonctionnement. Par contre, quelqu'un de spirituel, il va le rester même dans les choses routinières de la vie. Il n'y a pas de contradiction, il n'y a pas une partie de notre vie qui est sacré, une partie qui est profane, il n'y a pas...
Moi, personnellement, j'ai une vision assez holistique des choses. Parce que je ne vois pas de séparation. Je ne vois pas de séparation. La Bible est claire, elle dit, ne savez-vous pas, et même dans le grec c'est, ne voyez-vous pas, c'est 1 Corinthiens 3.13, ne percevez-vous pas que votre corps est le sanctuaire de Dieu ?
Tout est dit si on le prend au pied de la lettre. Et là, c'est le corps, ce n'est pas le cœur, ce n'est pas l'esprit, c'est le corps. Donc, le corps n'est pas mauvais, le corps n'est pas mauvais.
Donc, il y a eu une perversion et du coup, on s'est servi du jeûne comme pour faire taire le corps, pour lui faire taire ses appétits, comme pour le mortifier, pour lui montrer, on va te montrer qui c'est le chef.
Et là, je crois qu'on a perdu le sens du jeûne. – Le sens spirituel. – Le sens spirituel, on en a fait un sens religieux et pour moi il y a une très grosse différence entre le spirituel et le religieux.
Le spirituel c'est ce que Dieu veut, le religieux c'est ce que l'homme en fait. – Ça a mené à beaucoup d'ambiguïté qui fait que maintenant quand on utilise des termes comme Dieu par exemple à notre époque, tout de suite on pense religion, avec des lunettes religieuses, et avec tout ce que la religion a amené, qu'on peut largement déplorer.
– Complètement. On serait même étonné aujourd'hui, c'est très facile en fait, Je me suis rendu compte de parler de Dieu à des gens, même dans la rue, dès l'instant où on ne leur parle pas de religion.
Les gens sont ouverts à Dieu. Par contre, ce que les hommes en ont fait, mais avec raison, ils le repoussent. Donc après, toutes les religions ont leur forme de jeûne, le ramadan, le carême, mais on est sortis.
Soit c'est des jeûnes pour se souvenir, soit c'est des jeûnes un petit peu pour se dédouaner, pour réfléchir sur soi, on n'est pas du tout dans la mentalité biblique. C'est même intéressant, c'est le deuxième texte que je vais lire, après je ne lis plus, on aura du partage dynamique.
Mais si je te dis que dans la Bible on a la recette d'un jeûne selon Dieu, c'est intéressant quand même. C'est Isaïe 58, c'est le seul texte où Dieu parle de la manière dont il entrevoit le jeûne.
Donc si on jeûne pour chercher Dieu, si on met Dieu dans l'équation du jeûne, c'est un texte qu'il faut prendre en considération. Donc Isaïe 58, ça commence comme ça. « Crie à plein gosier, ne te retiens pas, élève ta voix comme une trompette et annonce à mon peuple ses iniquités, à la maison de Jacob ses péchés.
Tous les jours ils me cherchent, ils veulent connaître mes voies comme une nation qui aurait pratiqué la justice et n'aurait pas abandonné la loi de son Dieu. Ils me demandent des arrêts de justice et ils désirent l'approche de Dieu.
Que nous sert de jeûner si tu ne le vois pas, de mortifier notre âme si tu n'y as pas égard ? Voici, là c'est Dieu qui répond, voici le jour de votre jeûne, vous vous livrez à vos penchants et vous traitez durement tous vos serviteurs.
Voici vous jeûnez pour disputer et vous quereller, pour frapper méchamment du poing. Vous ne jeûnez pas comme le veut ce jour, pour que votre voix soit entendue d'en haut. Est-ce là le jeûne auquel je prends plaisir, un jour où l'homme humilie son âme, courbe la tête comme un jonc et se coucher sur le sac et cendre, est-ce cela que tu appelleras un jeûne, un jour agréable et éternel ?
Donc là Dieu fait des reproches, il dit mais un jeûne c'est pas humilier son âme, c'est pas prendre l'air triste, c'est pas se mortifier. Il dit voici le jeûne auquel je prends plaisir, détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libre les opprimés et que l'on rompe toute espèce de jougue, partage ton pain avec celui qui a faim et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile. Si tu vois un homme nu, couvre-le et ne te détourne pas de ton semblable.
Alors ta lumière poindra comme l'aurore et ta guérison germera promptement, ta justice marchera devant toi et la gloire de l'Éternel t'accompagnera. Voici, tu appelleras et l'Éternel te répondra, tu crieras et il te dira « me voici ».
Si tu éloignes du milieu de toi le joug, les gestes menaçants et les discours injurieux, si tu donnes ta propre subsistance à celui qui a faim, si tu rassasies l'âme indigente, ta lumière se lèvera sur l'obscurité et tes ténèbres seront comme le midi.
L'Éternel sera toujours ton guide, il rassasiera ton âme dans les lieux arides, il redonnera de la vigueur à tes membres et tu seras comme un jardin arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent pas. Et les tiens rebâtiront sur d'anciennes ruines, tu relèveras des fondements antiques, et on t'appellera réparateur de brèches, celui qui restaure les chemins et qui rend le pays habitable."
Il recadre les choses très précisément. Les juifs avaient une façon de jeûner qui ne plaisait pas à Dieu. C'est clairement ce que le prophète Isaïe fait. Et là Dieu leur dit, voilà comment je vois le jeûne.
Le jeûne déjà, tu vas agir à ton niveau. Ce n'est pas juste une privation de nourriture. Là c'est intéressant, au verset 9 il dit « Si tu éloignes du milieu de toi le joug.
» Souvent on a l'impression que ce texte parle au peuple. « Si tu éloignes du milieu de toi. » Or, le mot hébreu Tavek signifie « au-dedans de toi ». Donc le milieu de toi, c'est en ton intérieur.
En ton intérieur. « Si tu éloignes du dedans de toi le joug. » les gestes menaçants, les discours injurieux. Injurieux, c'est les discours de douleur, de malheur, de peine, de mensonges. Si tu travailles sur toi-même, parce que moi, je suis toujours surpris, il y a des gens qui jeûnent et qui mangent leur semblable en même temps.
C'est comme, un peu de coup, je parlais avec quelqu'un qui me disait « moi, je suis végétarien ». Je dis oui, c'est bien pour toi, le problème c'est que tu es végétarien dans ta nourriture et tu es carnivore dans tes relations. Parce que ça ne sert à rien d'être végétarien si on est carnivore dans ses relations.
Tu comprends ce que je veux dire ? Thierry Samitier-Rocher. Tu comprends ce que tu veux dire, le message est parfaitement fait. Et là c'est pareil, tu peux jeûner tout en étant carnivore dans tes relations et en te nourrissant des autres sans changer ta mentalité.
Olivier Roland. Voilà, alors que là on voit que déjà il y a un travail sur soi, on retire du milieu de nous, de dedans de nous le joug, la douleur, la peine, on s'occupe des autres, le jeûne devrait aussi améliorer notre relation à l'autre parce que s'il est personnel...
Oui, ce n'est pas un temps que tu gardes juste pour toi, mais tu dois aussi en profiter pour... Complètement ! Et là, on a les promesses, Dieu sera notre guide, il rassasiera notre âme, il redonnera de la vigueur à nos membres, comme le dit Athanase tout à l'heure, et on va être comme un jardin arrosé, on va être des réparateurs de brèches.
Donc, c'est énorme ce type de jeûne. C'est énorme et il dit bien que le jeûne ne se contente pas de se priver de nourriture. C'est là où on peut associer de manière quasi-systématique le jeûne à une démarche spirituelle. Parce que là, on parle de valeur spirituelle, de faire du bien à l'autre, de prendre soin de l'autre, d'éloigner le joug, d'éloigner les gestes menaçants.
C'est pour ça qu'il y a cette association immédiate entre les deux. Et on ne traite pas durement notre prochain. Donc il y a un travail sur soi, ça débouche aussi sur un relationnel, et on débouche sur Dieu.
Mais il y a tout ce travail, ce n'est pas juste se priver de nourriture. Jésus même va plus loin, il dit quand tu jeûnes, lave ton visage, parfume-toi, que ça ne paraisse pas que tu jeûnes. C'est une phrase forte.
C'est fort, en fait ça veut dire ne sois pas hypocrite. Ne te glorifie pas au travers de ta performance physique. Voilà, ce n'est pas une performance, ce n'est pas quelque chose à prouver aux autres. J'aime bien Jésus, on pense souvent qu'il parlait hébreu.
La Bible prouve qu'il parlait araméen, ce qui est différent. Hypocrite, en araméen, ça veut dire preneur d'apparence. Ne prends pas l'apparence, sois naturel, perds pas ta récompense.
Si tout le monde sait que tu jeûnes, tu auras ta récompense sur terre. Tout le monde applaudira, oh il a jeûné. Il a fait telle performance... Mais si personne ne le voit et que tu l'as fait, c'est ton jardin secret.
Ta récompense, tu l'as au ciel. Mais le ciel ne veut pas dire après la mort. Il ne veut pas dire dans un extérieur. Non, c'est dans ta vie présente, mais dans la sphère spirituelle de ta vie. Et là, c'est énorme.
En tout cas, je vois dans l'histoire, le jeûne, avant 3ème, 4ème siècle et avant le Moyen-Âge, c'était quelque chose de géant. Les grecs le pratiquaient, même les athlètes le pratiquaient avant les Olympiades pour être plus performants.
C'est ça que je trouve fascinant, c'est que le jeûne est pratiqué par tout le monde quelle que soit sa discipline et quelle que soit son orientation avec chaque fois des bénéfices absolument colossaux que ce soit sur le plan physique, sur le plan spirituel, sur le plan de la maladie, sur le plan de la santé, sur le plan de...
Tout est bonifié par le jeûne, ce qui est juste absolument fabuleux. Complètement. Je dirais que la seule différence entre un jeûne thérapeutique ou un jeûne pour sortir d'une maladie, et un jeûne comme un exercice vis-à-vis de Dieu, c'est que dans le jeûne thérapeutique on recherche quelque chose et c'est normal.
Pour les athlètes qui jeûnaient avant les Olympiades, il recherchait quelque chose. Pour Pythagore, il voulait être lucide, il recherchait quelque chose. C'est la seule différence avec le jeûne qui est préconisé dans la Bible, c'est que le jeûne préconisé dans la Bible, on n'est pas dans une transaction, on n'essaye pas d'acheter quelque chose, on n'essaye pas d'acquérir quelque chose.
C'est un exercice où ce qui nous intéresse c'est que Dieu. Et il va y avoir un travail sur nous-mêmes, sur nous avec les autres, et sur nous avec Dieu. Mais c'est centré sur Lui, ce n'est pas centré sur un bénéfice.
Voilà, d'accord, et puis c'est l'occasion d'expérimenter et d'expérimenter tout ce qui est demandé là-dedans. Voilà, parce que si on remarque bien, il rassasira ton âme, il redonnera de la vigueur, ce sont les conséquences, ce n'était pas l'objet de la recherche.
Oui, tout ça c'est un cadeau gratuit qui est la conséquence... c'est tout bonus, c'est tout bonus. Donc pour le jeûne, on est très loin du jeûne religieux où on se mortifie, où on est triste, où c'est toujours une mauvaise nouvelle.
Non, c'est la fête de l'être, c'est à la fois la fête du corps mais c'est un moment privilégié qu'on peut passer. Maintenant On n'est pas sous un joug, il n'y a pas un légalisme, il n'y a pas une loi.
Moi je ne jeûne pas quand je n'ai pas envie, parce que déjà mon jeûne va être faussé, je ne le fais pas de tout mon cœur. Donc tu n'en auras pas les fruits. Je n'en aurai pas les fruits, je vais commencer à avoir des visions de nourriture, c'est à peu près sûr.
Et puis, dans mon bougonnement, je suis sûr qu'il va me sembler entendre Dieu me dire « c'est bon, tu peux arrêter de jeûner, je t'ai exaucé ». Donc, il y a vraiment une envie qui est là et c'est trop géant ce qu'on peut vivre.
Après, tous les bénéfices, je ne dis pas, c'est super aussi. moi cette lucidité de pensée, ce regain d'énergie dans le corps, c'est vraiment géant.
Thierry Samitier-Lacroix Mais c'est ce que je trouve extraordinaire, et donc la première citation du quatrième siècle, je trouve qu'elle est complète, je ne la connaissais absolument pas, et elle est vraiment complète parce qu'effectivement quiconque expérimente le jeûne, même si c'est pour des motifs de santé physique, Tôt ou tard, il va se rendre compte qu'il y a autre chose qui se passe que simplement la réparation du corps physique.
Il y a une nouvelle façon de penser, il y a une nouvelle façon de réfléchir, et donc l'incitation qu'il y a aussi à épurer ses relations, à épurer sa relation à l'autre, à ne pas être carnivore des autres, à jeûner même de l'appréhension de l'autre, je trouve que c'est quelque chose de très inspirant.
— Se détacher de la relation exclusive et le grappin qu'on peut mettre sur les autres. Oui, et puis le rapport au monde qui est basé sur le manque, le rapport à l'autre qui est basé sur le manque, ce qui fait qu'on doit s'approprier en permanence.
C'est ce que je trouve aussi intéressant dans le jeûne, cette espèce de quiétude et de sécurité qui est vraiment d'être nourri, d'être nourri physiquement et d'être nourri aussi plus spirituellement.
Maintenant, toutes les religions nous montrent une incidence sur la façon dont on se nourrit. Dans la Bible, tous les grands épisodes ont un rapport avec la nourriture.
La chute de l'homme, c'est en mangeant le fruit des fendus. Le dernier repas de Jésus, comme son nom l'indique, c'est un repas. Il s'est passé tellement de choses au niveau de la nourriture.
Et c'est vrai que la pulsion alimentaire, l'appétit, le besoin de manger, c'est une pulsion qui est très violente, qui est très forte. Donc c'est vrai en même temps que de dire c'est pas mon appétit de me diriger mais je garde une mainmise sur mon appétit, c'est aussi un facteur de développement spirituel.
Parce qu'au départ on va agir sur notre appétit physique mais ça peut aussi aider pour l'appétit sexuel qui est débridés, ça peut jouer aussi, exercer une super influence sur l'appétit des propriétés. L'appropriation propre.
Voilà. En fait, ça va jouer sur tous les appétits, mais l'appétit alimentaire, c'est tellement un besoin vital. Oui, fondamental. Fondamental. Voilà, c'est le mot que je cherchais, fondamental. En même temps, il y a une symbolique très forte.
Il y a une symbolique très forte. Après, la prière, C'est pareil, il y a eu beaucoup de choses qui ont été dites sur la prière. Moi, aujourd'hui, la prière, je ne la vois plus comme une discipline.
Je ne la vois plus comme un exercice contraignant. Laborieux. Laborieux. Annonnant. Aujourd'hui, pour moi, la prière, c'est un voyage. C'est aller à la rencontre de Dieu. Et ça, c'est super.
le dieu qui a fait les cieux et la terre, le créateur de l'univers, on a audience, on n'a même pas besoin de demander un visa, on a accès. Et là, plus que jamais à l'intérieur de nous, l'appel d'Abraham. On dit toujours qu'Abraham c'est le père de la foi.
N'empêche que Abraham il est connu dans les trois plus grandes religions monothéistes de la terre, le judaïsme, l'islam et le christianisme. Abraham, son appel, quand Dieu lui a dit va, quitte ton pays, en hébreu, il ne lui a pas seulement dit va, il lui a dit l'er lera.
Ça signifie va vers toi-même, hors de ton pays, hors de la maison de ton père. Et là, on a une feuille de route énorme. C'est que le père de la foi a été invité à faire un voyage vers lui-même.
Et en fait, toute la Bible, en fait, après qu'on a ce prisme et qu'on regarde au travers de ce prisme, on s'aperçoit que cet appel, il est constamment mentionné dans la Bible.
Aller chercher à l'intérieur de nous-mêmes. Jésus nous dit, cherchez d'abord en priorité le royaume de Dieu et sa justice. Et dans Luc 17, il nous dit, le royaume de Dieu est à l'intérieur de vous.
On a notre feuille de route. on sait ce qu'on doit faire, on sait où le faire. Et là c'est tout simplement énorme, c'est plus un rite extérieur où de sur terre on essaye d'atteindre un dieu qui est très haut dans les cieux.
Non, on vient vers lui avec une pleine assurance, oui il est en nous et on se connecte à lui et on change. Donc pour moi le jeûne et la prière ont ce côté, tout à l'heure on a lu la définition d'Athanase, le jeûne nous installe, met l'homme sur le trône de Dieu.
Mais être sur le trône de Dieu, la Bible dit, l'Ephésien nous dit que nous sommes assis avec Christ à la droite de Dieu dans les lieux célestes, mais dans la vie pratique, est-ce qu'on le vit, est-ce qu'on en a la conscience ?
On connaît le verset. Pas à 100 % du temps. Et voilà. Je veux là où ? Maintenant, de se dire, waouh, mais au travers de cette prière qui n'est pas des répétitions, mais qui est une véritable relation, un voyage. Littéralement en hébreu, quand Dieu nous dit viens, en vrai il nous dit va vers toi.
Donc quand Dieu nous appelle, il ne nous appelle pas à sortir de nous pour aller à lui, il nous appelle à rentrer en nous pour le rencontrer. Et ça c'est énorme ! Et le jeûne a quelque chose aussi, d'ouverture à l'autre, mais de retour sur soi-même aussi dans le jeûne.
D'ailleurs, sur le plan physique, le jeûne, quand on parle d'autophagie, on se nourrit à partir de nous-mêmes. Pour moi, c'est tout bonus, c'est pour ça que jamais le jeûne, en tout cas d'un point de vue exercice spirituel, jamais le jeûne comme une transaction, parce qu'on est quand même sous la grâce, si le jeûne nous faisait mériter quelque chose, ça annulerait la grâce.
Mais par contre, le jeûne, comme une aventure avec Dieu, le jeûne, pour le rencontrer et pour dénouer, c'est aussi un moyen de faire un bilan sur soi-même, dénouer ses joues de servitude, de réfléchir aussi dans notre rapport aux autres et d'arrêter d'être carnassier dans nos rapports aux autres.
Parce que pour moi c'est la façon dont on mange a une grosse incidence sur notre santé et sur notre être en général. Maintenant, de la façon dont on se nourrit des relations a une très grande incidence sur notre rapport à la société et sur le rôle qu'on y joue.
Et je répète, Parce que c'est une discussion que j'ai eue dernièrement, on peut être végétarien dans son assiette et être carnivore dans ses relations, et on peut manger de la viande dans son assiette et être complètement adouci et pacifiant avec l'autre dans nos relations.
Pour moi il faut qu'on soit vraiment en harmonie. Le jeûne c'est vraiment une invitation à un moment spécifique pour remettre tous ses plans en harmonie. C'est ça. Et comme le dit Athanas, ça se fait.
Le jeûne est autant actif sur le plan physique que spirituel, émotionnel. Ça joue sur tous les plans. Et aussi sur les circonstances et sur nos projets. Parce que ça nous mène à des grands succès. Donc c'est tout bénéfice.
C'est la fête de l'être. C'est la fête de l'être, c'est la fête de la vie. Moi, quand je jeûne, je ne le dis à personne, sauf bien sûr aux gens qui vivent avec moi, à ma petite femme, à mes enfants quand ils sont là, mais sinon, il n'y a personne qui le sait.
Ça ne regarde que moi. Et c'est géant, surtout, bon, j'avoue, pendant des années, j'ai jeûné pour obtenir de Dieu. Mais j'étais dans une mauvaise compréhension.
Ça n'empêche pas d'en avoir tiré du bénéfice. Déjà, c'est toujours bien physiquement de jeûner, mais aujourd'hui, je suis dégagé de la transaction. Et là, c'est géant. C'est géant. Et en plus, le dernier point sur le jeûne, c'est que le jeûne, c'est comme la prière.
Jésus Il ne nous dit pas, si tu pries, ne rentre pas dans des veines de répétition. Il ne dit pas, si tu jeûnes, non, il nous dit, quand tu jeûnes, quand tu pries.
C'est donc une évidence pour lui que les deux sont... Voilà, c'est la vie normale. C'est la vie normale. Je dirais, ce qui n'est pas normal, c'est de ne pas prier, de ne pas jeûner.
Alors maintenant, ça ne nous dit pas à quelle cadence, bien sûr, ça ne nous donne pas un légalisme. Il insiste pour dire que ça doit être une partie d'une vie normale, C'est parti exactement, et lui-même nous a montré l'exemple, donc il a jeûné.
Donc voilà, pour moi c'est le lien entre le jeûne et la prière et la spiritualité, voilà, tout est dans ce paquet, puis cette définition d'Athanas pour moi c'est comme une phrase qui devrait être dans les pages rouges des dictionnaires.
C'est un manuel de vie qu'on devrait donner aux enfants, parce que si on leur disait que le jeûne permet tout ça, on revient au jeûne dès que tu n'as pas tout ce que tu dois avoir.
Je pense que pour avoir la bonne idée du jeûne, là je parle d'un point de vue spirituel, il faut considérer son corps comme un sanctuaire et non pas comme un handicap, non pas comme quelque chose qui nous ferait pécher, quelque chose qui serait malsain en nous.
Non, la Bible dit que notre corps c'est le sanctuaire de Dieu. Du coup, le jeûne peut être un moyen de nettoyer le sanctuaire, Ça peut être un moyen de permettre à Jésus de renverser les tables, ça peut être aussi un moyen.
Mais en tout cas, notre corps n'est pas la partie la plus malsaine de notre être. C'est pas un boulet que l'on traîne, c'est un sanctuaire. D'autant plus si vous jeûnez.
Exactement. Donc nous sommes des sanctuaires. Enfin même pas des, la Bible dit que nous sommes le sanctuaire, parce qu'il n'y a pas plusieurs dieux et il n'y a qu'un sanctuaire. Et là, ça pourrait nous parler aussi de comment on peut être uni en esprit parce qu'on forme le même sanctuaire.
Ça ouvre sur d'autres perspectives. Je te remercie beaucoup. C'était un plaisir. Je suis content parce que ça viendra vraiment illustrer cette partie du jeûne parce que toutes les personnes qui ont jeûné ont expérimenté tôt ou tard qu'il y avait autre chose que la dimension physique du jeûne.
Merci d'avoir mis des mots dessus. Et bien c'était avec plaisir. Merci Patrick. Merci. Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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