Retour aux contenus
Vidéos publiques

Fragile ?

Author Photo
L'équipe RGNR
23 vues • Publiée le 06/03/2012

Cette vidéo part d’une phrase reçue d’une amie : « Je ne te savais pas si fragile ». Thierry s’en empare non pas pour se défendre, mais pour pointer une confusion très répandue entre fragilité et sensibilité, deux mots que l’usage courant traite comme synonymes alors qu’ils désignent des réalités opposées.

Pour Thierry, la fragilité se cache derrière le bruit : ceux qui crient fort, tapent sur la table, roulent vite ou rient trop fort sont précisément ceux qui ont peur. La violence et l’arrogance ne sont pas des signes de force, mais des mécanismes de protection que l’on forge quand on a appris à se blinder face au monde.

La sensibilité, elle, exige du courage : s’exposer sans répliquer avec les armes de la violence, tenir debout face à l’agressivité sans y répondre par l’agressivité. Thierry s’appuie sur une phrase du fondateur de la communauté de l’Arche, selon laquelle la non-violence est la forme la plus extrême du courage, et illustre cela avec le contexte des manifestations des années 60 à Paris.

La vidéo se conclut sur un appel concret : distinguer les deux termes dans le quotidien, aller vers l’autre avec les bras ouverts plutôt qu’en protection, exprimer ses difficultés et ses limites sans les habiller de jugements. Thierry présente cela comme un travail personnel en cours, pas comme une posture acquise.


📑 Au programme de la vidéo

Transcription de la vidéo

Transcription automatique, elle peut contenir des erreurs.

Lire la transcription

bonjour bienvenue ravi de vous retrouver avec les vidéos de vivre cru aujourd'hui je voulais je voulais partir d'une d'une petite phrase une petite phrase que j'ai reçu d'une d'une très bonne amie je pense qu'elle se reconnaîtra et je la remercie pour cette phrase donc elle ne j'espère qu'elle ne vivra pas de façon personnelle des remarques que je vais faire par la suite et et cette phrase c'était suite vous savez dimanche dernier j'ai mis une vidéo en ligne où je parlais finalement de ma surprise de voir moins de commentaires je voulais essayer

de comprendre pourquoi J'interpellais les personnes pour leur demander finalement ce qui se passait s'il y avait des difficultés ou pas et donc cette amie m'écrit au petit matin elle m'écrit c'est marrant je ne pensais pas que tu étais si fragile et cette phrase elle a beaucoup tourné en moi et elle a beaucoup tourné en moi d'autant plus que je l'ai trouvé extrêmement fausse c'est à dire je pense que on confond deux choses fondamentalement et que cette confusion elle elle dénote beaucoup de l'esprit de ce monde et la confusion pour le coup

c'est entre fragilité et sensibilité je ne pense pas être quelqu'un de fragile bien au Par contre, je pense être quelqu'un de sensible. Mais les deux mots sont complètement différents. Vous le conviendrez avec moi.

La fragilité, surtout dans le monde dans lequel nous vivons, c'est un terme qui est connoté péjorativement. Alors que la sensibilité, ça n'a rien à voir. Mais alors, qu'est-ce que ça veut dire si on confond fragilité et sensibilité ?

Eh bien, ça dit beaucoup du rapport qu'a ce monde à la sensibilité et à la douceur. Je pense que nous sommes un monde fondamentalement violent et qui a peur, qui a peur de la sensibilité et qui a peur de la douceur.

Et le plus intéressant là-dedans, c'est que je crois que la violence et que l'arrogance, eh bien, sont tout l'antithèse de la force et qu'au contraire ce sont eux qui sont dans la fragilité. Pour moi, quand on est fragile, on aboie, on a peur, on fait du bruit, on bombe le torse.

Est-ce que vous croyez que les groupes de personnes qui rient fort, qui se promènent dans la rue, les gens qui roulent vite en voiture, les gens qui crient fort, qui tapent sur la table, est-ce que vous croyez que ces personnes-là sont des personnes fortes ?

ce sont des personnes extrêmement, extrêmement fragiles. Au contraire, pour exprimer sa sensibilité, pour exprimer sa douceur, pour exprimer la non-violence, eh bien je crois qu'il faut un courage, un courage exemplaire, qui n'a rien à voir avec la fragilité.

Mais ce que je voudrais pointer au travers de cette vidéo, c'est que, d'après moi, ce monde a peur, a peur de la douceur. Ce monde est un monde violent qui en fait l'apologie, qui est enfermé dans un cercle vicieux, un cercle vicieux de violence, dans lequel la violence subie amène l'individu à se carapassonner, à se forger une armure, et cette armure étant forgée, l'individu ne peut se tourner vers le monde que d'une manière violente pour s'exprimer.

Et on est de plus en plus coupé de notre douceur et de notre sensibilité, et ce faisant, finalement, on augmente, on augmente, on augmente encore la violence, violence dans les rapports humains, violence dans l'éducation, dans l'éducation des enfants, je la vois très très forte cette violence, violence au quotidien, violence dans le travail, violence dans les rythmes, violence que l'on fait à son propre corps.

Et quand je dis que finalement la sensibilité c'est tout le contraire de la fragilité et c'est même le courage Pour moi, la sensibilité et la non-violence sont de même type de démarche. C'est-à-dire c'est accepter de s'exposer et de ne pas répliquer avec des armes violentes.

C'est-à-dire que quand on est quelqu'un de sensible et que face à soi il y a quelqu'un qui renvoie, qui broie votre sensibilité, Et bien le plus facile quand on a peur, c'est d'utiliser les mêmes armes que l'autre et de ruer dans les brancards comme on dit.

C'est à dire de prendre sa violence à bras le corps et de crier, de crier fort, de taper sur la table, de bomber le torse, d'agresser. L'agression est toujours une forme de peur.

Par contre, être capable de se tenir face à la violence et surtout de ne pas y répondre avec les armes de la violence, c'est un extrême courage. Je me souviens d'une conversation que j'avais eue avec une personne de la communauté de l'Arche, parce que j'ai vécu dans une communauté qu'on appelle la communauté de l'Arche, qui est une communauté non violente, et une des phrases de son fondateur était que la non-violence était la forme la plus extrême du courage et cette phrase à l'époque j'avais du mal à la

comprendre alors j'étais allé interroger une vieille dame de cette communauté qui fait partie des premiers des pionniers de cette communauté je lui avais demandé d'expliquer cette phrase et elle avait dit écoute Thierry imagine dans les années 60 quand il y avait toutes ces manifestations pour défendre finalement les Les travailleurs marocains, vous savez, il y a eu le fameux massacre qui a eu lieu en 1961 sur un des ponts de la Seine. Et bien précédemment, il y avait énormément de manifestations pour soutenir tous ces travailleurs

nord-africains français. Et elle me dit, lorsque tu te retrouves dans une de ces manifestations, que tu es en train de défiler pour demander finalement que ces gens soient respectés, tu es en train de défiler et tu es dans une démarche non violente.

et d'un seul coup, tu vois une ligne de CRS face à toi, une ligne de CRS qui a des matraques à la main et qui commence à charger, qui commence à charger vers toi et tu sais que tu vas prendre des coups.

Tu sais que tu vas prendre des coups, mais en même temps, tu sais que toi-même, tu ne veux pas recourir aux outils de la violence, c'est-à-dire, tu ne veux pas répliquer en donnant des coups.

Et bien, pour rester droit, debout et ne pas s'enfuir en criant, ne pas rentrer dans l'hystérie généralisée, il faut un courage extrême. Et je crois que c'est la même chose, exprimer sa sensibilité c'est un courage extrême, c'est s'exposer de façon extrême, et c'est très très difficile.

Pour moi c'est un travail, c'est un travail quotidien, parce que j'ai appris à me blinder, moi aussi, j'ai appris à me faire une armure, une armure de violence. Et cette armure de violence, je m'emploie à la déconstruire.

Donc sensibilité oui, fragilité non. et je vous engage tous, toutes, à vraiment bien distinguer les deux dans le quotidien. Il n'y a rien de négatif dans l'expression de sa propre sensibilité.

Aller vers l'autre, exprimer ses difficultés, exprimer ses limites, son ressenti, tendre la main, tendre la main vers l'autre, c'est tout sauf de la fragilité, pour moi c'est même l'extrême courage.

Quand on voit le degré zéro de la plupart des relations humaines, on comprend bien que c'est vraiment ça l'extrême courage. Donc cette phrase, c'est marrant, je ne te savais pas aussi fragile, et bien et bien je l'utilise avec joie pour en faire une vidéo, une apologie de la sensibilité, une apologie de la douceur, mais une apologie aussi du courage.

Le courage d'être en lien avec son ressenti, d'être en lien avec sa sensibilité et de l'affirmer très très fort. Ce sera toujours mon propos dans ces vidéos Je vous dirai quand j'ai des difficultés, je vous dirai quand c'est quand c'est âpre pour moi.

Je ne le cacherai pas et j'ai pas l'habitude de le cacher parce qu'il n'est pas question de jouer un rôle, de jouer un numéro. On n'est pas au théâtre ici, je sais pas du tout ce que j'ai envie de jouer J'ai envie de me montrer tout nu, tout cru, je vous l'ai dit, vivre nu, vivre cru, c'est un petit peu le même projet.

Et ce qui me ferait plaisir, moi, c'est de voir de plus en plus de gens jouer ce jeu-là. C'est-à-dire aller vers l'autre avec les bras ouverts et non pas les bras fermés en protection. Aller vers l'autre pour l'embrasser et exprimer ses propres difficultés et ne pas aller vers l'autre en lui disant tu fais ceci, tu fais cela, tu es comme ci, tu es comme ça.

Il y en a assez, il y en a assez de ces jugements en porte-pièce. La réalité que l'on perçoit de l'autre, elle est toujours parcellaire et il n'y a qu'en allant interroger l'autre sur ce qu'il vit réellement.

Il n'y a qu'en tendant la main à l'autre qu'on peut arriver à progresser. Toute relation qui présente une difficulté, c'est une chance de grandir. Toute situation qui présente une difficulté, c'est une chance de grandir.

Alors gloire à la sensibilité. C'était vraiment une ode à la sensibilité que je voulais faire ce matin. Je vous remercie à tous et à toutes et à très bientôt avec les vidéos de vie recrue.

0 commentaires