Dominique Guyaux : Victoire sur la sclérose en plaques, toute son histoire
Dominique Guyaux est marin, biologiste de formation, et diagnostiqué sclérose en plaques à 30 ans. La maladie se manifeste par des crises brutales tous les trois mois : paralysies partielles, perte de coordination, paralysie faciale. Entre chaque crise, il continue d’équiper son bateau et de préparer un tour du monde, avec une pharmacie embarquée et des seringues de corticoïdes pour gérer les urgences en solo.
Il part du port d’Hyères sans date de retour, convaincu que réduire le stress chronique et vivre au soleil dans les Caraïbes changerait quelque chose. L’expérience est nette : malgré une alimentation bio, du poisson frais et une vie sans pression professionnelle, les crises continuent au même rythme. Le facteur stress, seul, ne suffit pas à modifier l’évolution de la maladie.
C’est au Venezuela, lors d’une escale à l’île Margarita, qu’un ami lui glisse un livre sur l’alimentation crue. Dominique l’applique à sa façon, sans organisation de repas structurés, en mangeant un seul aliment à la fois selon son ressenti, au fil des navigations. Sans le savoir, il adopte ce qu’il décrira plus tard comme l’alimentation du cueilleur originel. Les crises s’arrêtent.
De retour en France, il passe dix ans à vérifier ce qui s’est passé, à croiser des travaux scientifiques et à tester scrupuleusement différentes approches pour s’assurer que ce n’est pas une rémission spontanée. Il écrit un livre, “Quand je serai seul avec la mer”, qui a accompagné Thierry dans ses propres moments difficiles. Cet entretien est enregistré lors des Rencontres de la Régénération et constitue la première partie d’un témoignage en deux vidéos.
📑 Au programme de la vidéo
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0:00Présentation de Dominique et contexteThierry explique pourquoi ce témoignage lui tient particulièrement à cœur et invite Dominique à raconter son histoire depuis le début.
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3:26Les premières crises de SEPDominique décrit les trois premières crises : paralysie d’une jambe, perte de coordination, paralysie faciale, chacune suivie d’une récupération partielle.
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6:52Partir en solo avec une pharmacie à bordMalgré la maladie, Dominique quitte le port d’Hyères pour un tour du monde en solitaire, emportant corticoïdes et matériel médical pour gérer les crises en mer.
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10:19Le stress réduit ne change rienPlusieurs mois dans les Caraïbes, alimentation bio, soleil et absence de pression professionnelle : les crises continuent exactement au même rythme.
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13:45La crise la plus dangereuse, à GrenadeUne crise brutale survient alors qu’il doit monter seul dans le mât pour récupérer une voile coincée, le forçant à prendre une décision dans un état de quasi-paralysie.
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20:07La rencontre avec l’alimentation crue au VenezuelaUn ami lui remet un livre sur le crudivorisme ; Dominique l’applique à sa façon, en mangeant un seul aliment à la fois selon son ressenti, sans organisation de repas.
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24:07Les crises s’arrêtentQuelques semaines après avoir changé son alimentation, Dominique constate la disparition des crises et commence à comprendre ce qui s’est passé.
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27:34Dix ans de vérification et le livreDe retour en France, il passe une décennie à croiser des recherches scientifiques pour s’assurer que la rémission n’est pas spontanée avant de publier son témoignage.
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34:32Transmettre et les limites du militantismeDominique raconte ses années à tenter d’élever la conscience alimentaire une personne à la fois, et pourquoi il a fini par tout arrêter.
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Transcription de la vidéo
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Lire la transcription
— Bonjour Dominique. — Bonjour Thierry. — Ça me fait très plaisir qu'on puisse enregistrer cette vidéo, depuis les rencontres de la régénération où tu as participé.
En fait, on se connaît depuis longtemps. C'est même surprenant que je n'ai pas enregistré ton témoignage avant et surtout que ton témoignage, à une époque de ma vie où j'étais au plus mal, il m'a tenu la tête hors de l'eau, parce que c'était un témoignage de guérison absolument stupéfiant.
Est-ce que tu veux nous raconter un petit peu ton histoire ? Très très volontiers. Très très volontiers, mon histoire commence il y a très longtemps. Je suis issu d'une famille de marins.
J'avais un père qui était commandant dans la marée de Marchand, des grands-pères marins, et moi, la mer, ça a toujours été dans ma vie. Et très petit, j'ai eu envie de partir sur la mer.
Mon objectif, c'était de rencontrer les peuples de la terre, d'y aller libre, sur un bateau à voile, d'acquérir un métier qui me permettrait de vivre et de faire cette expérience-là.
Oui, de vivre ta passion. Ma passion, sans être un clochard, en ayant de quoi vivre et en ayant de quoi échanger avec le monde. C'était mon rêve. Et pour faire ce rêve, il fallait rentrer dans la vie d'abord, c'est-à-dire qu'il fallait aller à l'école, il fallait faire des choses.
Et donc je me suis intéressé à la mer et j'ai fait un doc de biologie et ensuite j'ai voulu faire une licence d'océanographie. Mais très vite, j'ai été effrayé par l'idée de passer ma vie dans un laboratoire.
A juste titre. Voilà, et donc j'ai abandonné ma licence d'océanographie, je suis revenu dans le sud de la France d'où j'étais originaire, et j'ai ouvert une voilerie. Thierry Samitier-Leclerc qui fabriquait des voiles ?
Thierry Samitier-Leclerc Pour apprendre à réparer les voiles. Thierry Samitier-Leclerc Réparer les voiles, d'accord. Thierry Samitier-Leclerc Donc c'était un atelier de réparation qui en fait a bien marché, a grossi, j'ai embauché, et petit à petit je suis devenu un chef d'entreprise, et je me suis fait prendre au jeu, et je me suis retrouvé à racheter une autre voilerie, puis être sur le point d'en racheter une troisième encore plus grosse.
Et j'avais un peu perdu le fil de mon histoire, mais la vie m'a ramené... Thierry Samitier-Leclerc — Oui, de manière assez violente. Romain Roland —...assez violente. Je me suis retrouvé à 30 ans avec un diagnostic de sclérose en plaques.
Thierry Samitier-Leclerc — Voilà. Alors, 30 ans de sclérose en plaques. Comment c'est apparu ? C'est apparu soudainement ? C'est vraiment une maladie de merde. Ce n'est pas comme une jambe cassée, tu as mal, après tu répares et après tu vis.
Ce n'est pas comme un cancer, tu souffres énormément, tu as peur et puis tu t'en vas. Non, c'est juste au milieu et ça te laisse tout dans le ciel. Thierry Samitier C'est une souffrance permanente ? Olivier Roland C'est une souffrance alternativement physique et permanente psychologiquement. Imagine les tropiques, une petite île, un lagon et des petits requins de lagons.
Pas des gros qui te mangent d'un seul coup. Des petits requins qui t'enlèvent un morceau, ça croit, mais qui te laissent lucide, qui te laissent le voir, qui te laissent comprendre qu'il est en train de te grignoter petit bout par petit bout.
Alors, il y a 36 000 profils dans cette maladie. Pour résumer, cette maladie, c'est une maladie auto-immune qui attaque la gaine des nerfs, la myéline. Oui, la gaine de myéline.
suivant le nerf qui est touché, la fonction s'en trouve amoindrie ou carrément atteinte gravement. Oui, et souvent c'est une maladie évolutive, c'est-à-dire que petit à petit tu vois tes fonctions motrices diminuer et se faire à chaque fois grignoter.
Voilà, avec différents profils. Il y a certains profils où la maladie évolue tout doucement, sans crise particulière, et tu t'améliores petit à petit. Moi, je n'avais pas cette forme-là, j'avais une forme brutale avec des crises tous les 3 mois.
C'est-à-dire que tous les trois mois, prenons la première crise, je veux monter dans ma voiture, je tombe. Au moment où je mets la jambe droite pour monter à la place conducteur, la jambe gauche est en début de paralysie et elle s'effondre, et je n'arrive plus à monter dans ma voiture.
Ça a duré quelques mois, parce que c'est très long de faire un diagnostic de sclérose en plaques. Le truc s'en va à peu près, il reste une séquelle, et puis deux mois après, autre chose. La deuxième fois...
T'as une espèce de compte à rebours, de bombe à retardement qui est en toi, tu ne sais pas quand ça va exploser, tu ne sais pas quand ça va te prendre, et tu t'écroules. Alors, tu as la trouille pendant un mois, tu morfles pendant un mois pour remonter, et après tu as la trouille pendant un mois, puis après tu morfles pendant un mois.
Tu vois le truc ? Le deuxième truc, ça a été, je vais te le mimer, tu vois, je suis en train de... Voilà. Plus de coordination au niveau de la bouche. Tu es en train de parler, et tu perds le contrôle de toi, tu n'es plus rien.
Et la troisième, c'était une amniptésie faciale, donc le côté gauche, paralysie, etc. Alors chaque fois, ça revient à un petit peu, ça revient à 70 %.
Thierry Leclerc – Chaque fois tu perds aussi un petit peu. Olivier Roland – Chaque fois tu descends un petit peu, et tu es complètement lucide, tu le vois.
Thierry Leclerc – Tu avais 30 ans. Olivier Roland – J'avais 30 ans. Thierry Leclerc – 30 ans c'est jeune quand même. Olivier Roland – Ça fait mal. Thierry Leclerc – Ça fait mal. Ça fait mal, mais ce n'était pas possible, ce n'était pas possible.
J'étais à l'hôpital, j'étais sur mon lit d'hôpital et j'étais déjà en train de préparer le tour de Corse avec mes petits catamarans déjà, avant même d'en être sorti. Ce n'était pas possible, tu vois. Les choses avancent, la voilerie décline.
Thierry Lacroix Oui, parce que tu n'étais plus en état de t'en occuper. Olivier Roland Voilà, pendant 3 ou 4 mois, la voilerie a été la cata. Quand je suis sorti, j'avais ce petit capital, je l'ai vendu et j'ai acheté un petit catamaran, un vieux catamaran.
Thierry – Dans ton témoignage tu disais que quand même dans ton idée, c'était pour partir en mer et y rester. – Non. Thierry – Non ? – Non. – Non. Thierry – Non ?
– Non. Non, je ne voulais pas y rester, je ne voulais pas rester dans ce monde dans l'état où j'étais. Thierry – Oui, d'accord, tu voulais protéger ta famille, tu voulais leur épargner la vision de ta dégénérescence.
– Même pas, parce que ma famille, mon père était décédé. Thierry – Oui. Ma mère, c'était catastrophique. Au niveau familial, c'était pas génial.
J'étais pas marié, j'avais pas de famille, etc. J'étais tout seul. Donc, je suis parti, parce que j'ai commencé à voir le regard. Et puis, je sentais la maladie.
Et quand tu es malade, que tu parles à quelqu'un, t'es pas entier, t'es diminué. Tu as des ondes, t'as des trucs négatifs. T'es cassé, t'es minable.
Et puis, surtout, je me suis renseigné. Qu'est-ce qu'on peut faire ? qu'est-ce qui se passe ? Et les perspectives c'était la chaise roulante, c'était rejoindre le club d'esclairose en plaques, c'était la destinée, et celle-là je ne l'en voulais pas.
Thierry Marchefort Donc tu es parti en mer ? Olivier Roland Donc je suis parti, donc j'ai acheté ce vieux bateau, je l'ai retapé, et je capte sur les caraïbes. Thierry Marchefort Avec les crises, avec les attaques ?
Olivier Roland Alors j'avais eu plusieurs crises, j'avais déjà plusieurs handicaps, j'en avais un notamment sur un plan urinaire, avec des rétentions urinaires, nécessité de se somber pour pas que la vessie explose, tu vois, ce genre de trucs.
Et donc, je suis parti avec ce matos en solo, avec mes seringues de synacthènes, parce que quand il y avait une crise, il fallait des corticoïdes pour éviter que ça dégénère trop. À l'époque, c'était comme ça.
Et donc, j'ai pris tout ce matériel-là et je suis parti avec une pharmacie pour faire le tour du monde et avec toute ma vie, toutes mes affaires, j'étais parti pour partir. Quand je suis parti du port d'hier, j'ai regardé, je l'ai quitté, j'ai dit je ne reviens plus.
Je suis parti. Je ne suis pas parti pour y rester, je suis parti pour rester dehors. Thierry Samitier — D'ailleurs, dans ton témoignage que tu as publié, le livre n'est plus publié je crois maintenant malheureusement. Olivier Roland — Non. Thierry Samitier — Il va peut-être l'être à nouveau.
Olivier Roland — Voilà. Thierry Samitier — Ça serait une bonne nouvelle. Olivier Roland — Si l'éloge du cru marchait bien, l'éditeur le retrouverait. Thierry Samitier — On va en reparler dans une prochaine vidéo, mais tu as écrit un livre qui s'appelle « Quand je serai seul avec la mer », qui a vraiment été, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés, mon livre de chevet à l'époque où moi j'étais au plus mal parce qu'il m'a porté, et tu racontes comment finalement tu as équipé ce bateau entre chaque crise.
Donc il y avait des moments où tu étais à peu près lucide et tu avançais, puis il y avait des moments où tu étais complètement par terre, et puis petit moment lucide après petit moment lucide tu as réussi à partir.
O.K. J'ai des photos où je me revois bouffi de cortisone, tu vois gonflé en sortie de crise parce que j'ai acheté une épave, je n'avais pas d'argent, c'était vraiment une petite épave.
T.L.L. Comment il s'appelait le bateau ? Au départ, il s'appelait Sula Basula II et ensuite je l'ai appelé Lasclé Rose. Thierry Lascle. Lasclé Rose, la fleur. Et puis après je l'ai changé pour des histoires de machin.
Et donc ce bateau, je l'ai bien retapé, c'est devenu un joli petit bijou et je suis parti. Thierry Cap sur les Caraïbes. Cap sur les Caraïbes, d'abord les Balears, trois jours de mer, arrivé au Balear Espalmador, un coup de vent mémorable, Vraiment, le bateau sur la plage, une nuit d'enfer extraordinaire.
Mais résultat, c'est qu'au bout de trois jours, j'ai refait une crise. Et entre Espalmador et Gibraltar, crise, et là j'ai perdu la vue à l'oeil gauche. Thierry Samitier-Lecce Pendant que tu étais sur le bateau ?
Olivier Roland Sur le bateau, pendant les trois jours entre Espalmador, après le gros coup de vent et la nuit terrible que j'ai passée pour sortir le bateau, Dans les trois jours qui ont suivi, j'ai fait cette crise et j'ai perdu la vue à gauche. Quand je suis arrivé à Gibraltar, j'ai perdu la vue gauche.
Donc, hôpital, mondial assistance, rapatrier sur Paris. Dès le départ. Marie-Claude Bon, pour le départ, c'était mal parti. J'avais des amis, des amis ont convoyé mon bateau en Martinique.
Moi, je me suis retapé à Paris, dans les grands services, et je suis allé en Martinique attendre mon bateau. Ils ont mis 20 jours pour traverser, ils sont arrivés et me voilà dans ma nouvelle vie, en solo, sur mon bateau, dans les Caraïbes, avec mes crises tous les 3 mois.
Un mois à l'attendre, la vivre, un mois de convalescence et un mois à attendre la prochaine. Thierry Samitier – Et avec chaque fois une dégradation, une dégradation progressive, une dégradation progressive.
Puis cette espèce de couperée que tu as au-dessus de la tête, cette pédanomoclase, tu attends la prochaine crise. Tu as peur tout le temps, tu ne peux pas en parler. Ça, c'est un truc extraordinaire et que le retour que j'ai eu du bouquin quand des gens qui ont cette maladie l'ont lu, c'était extrêmement émouvant parce que personne qui connaît la sclérose en plaques ne peut en parler avec détachement parce que le coup près, il est au-dessus.
Donc, les mots que j'ai pu prononcer parce que je m'en suis sorti de façon active, C'est parce que j'ai changé mon mode de vie. Parce que dans cette maladie, il y a une rémission spontanée. Comme ça, on ne l'a plus d'un jour à l'autre.
Et on ne sait pas pourquoi. On ne sait pas le comprendre. Donc, je ne peux pas dire que je me suis guéri. Je ne le dis pas. J'ai toujours ma sclérose en plaques. Je l'ai, mais il y a trois...
C'est une maladie polyfactorielle, multifactorielle. Il y a trois facteurs. Il y a le génétique, je l'ai. Il y a le stress, le mode de vie. Et il y a l'alimentation.
Tu as agi sur les deux ? Olivier Roland Non, écoute-moi bien, j'ai agi d'abord sur le stress, je n'étais plus chef d'entreprise, j'étais sur mon bateau dans les Caraïbes pendant plusieurs mois, j'avais une vie de pacha, j'avais de quoi me nourrir, j'étais en bateau, la mer, le soleil, etc. Et ça a continué pareil, je mangeais bien, je mangeais bio, je mangeais du riz complet,
je mangeais du poisson, je mangeais du fromage, des produits laitiers, Thierry Leclerc – Tout ce qu'il fallait quoi, la vraie nourriture. Olivier Roland – Tout ce qu'il fallait, comme il fallait, ça a continué exactement pareil, donc ce n'était pas le facteur.
En tout cas, ce n'était pas suffisant largement comme facteur pour faire la différence. Olivier Roland Non, mais ce n'était même pas significatif. Thierry Samitier Oui, tu ne voyais pas de différence.
Olivier Roland Je n'ai rien vu. Thierry Samitier Il n'y avait aucune différence. Olivier Roland Non. Thierry Samitier Le fait d'avoir diminué comme ça ce stress et de vivre au soleil n'a fait aucune différence.
Olivier Roland Rien. Thierry Samitier C'est intéressant comme expérience. Olivier Roland Rien du tout. Thierry Samitier Rien du tout. Olivier Roland Je ne changeais pas rien. Thierry Samitier Et donc les crises se sont allées, toujours pareil.
Tu le décris d'ailleurs dans ton livre « Quand je serai seul avec la mer », donc j'espère qu'il sera réédité, vraiment, j'en parlerai quand il le sera. Tu décris cette longue descente aux enfers, d'ailleurs je me permets de te dire, tu écris bien, en tout cas c'est un roman qui m'a beaucoup porté, d'ailleurs je le partageais avec des personnes qui n'étaient pas obligatoirement intéressées ni par la sclérose, ni par le fait de manger cru, parce que c'était simplement une belle histoire,
une belle histoire à la fois de descente aux enfers puis de rédemption d'une certaine manière, et donc tu décris cette descente aux enfers, tes aléas, les espèces de solutions que tu trouves pour essayer de vivre avec ?
O.K. En fait, je me suis vraiment mis en orbite du monde, c'est-à-dire que je ne voyais plus personne. C'était tellement dangereux pour moi de côtoyer quelqu'un, d'être à ce point diminué, et puis d'avoir tellement peu d'avenir, d'espoir, j'avais rien à offrir, j'étais en train de finir.
Tu n'avais rien à partager pour toi ? Non, de temps en temps j'ai fait des rencontres, toujours très rares mais extrêmement émouvantes parce que c'est les moments où je sentais que je pouvais échanger, parce qu'il y avait une ouverture, il y avait une sensibilité, et ça a toujours été très fort, mais c'était très rare.
C'est-à-dire que quand on vit en bateau, en voyage comme ça, on passe sa vie de copain en copain, de bateau, on échange, on boit l'apéro, on va pêcher, on s'est aidé de bouffe etc, moi je ne menais pas cette vie-là du tout, tu vois, j'étais vraiment en orbite du monde, j'étais avec le soleil, avec la mer, avec les vagues, avec la lune, avec le temps,
le jour, la nuit, avec les poissons, avec la mer, avec les incursions dans les îles, je menais vraiment une autre vie. – Oui, une vie d'assête, d'une certaine manière, retirée du monde.
– Voilà, un ermite sur l'eau, tu vois, ça c'est donc, c'était la première partie. Donc j'ai eu quelques crises, j'en ai eu une notamment parce que j'avais un rêve d'île déserte, l'île du fantasme, je voulais la trouver, je voulais m'y arrêter.
Mais les choses se dégravaient et la deadline commençait à arriver. A un moment, il va falloir que je décide d'arrêter. Et ce moment-là est arrivé quand je... Tu sais que dans les Caraïbes, il y a des saisons d'écyclone.
Il vaut mieux s'en éloigner quand on est avec un bateau. Et donc à cette période-là, en général, la plupart des plaisanciers descendent au Venezuela. J'ai fait comme tout le monde.
Donc j'ai mis Cape Verde dans le sud, arrivée à Grenade, la dernière île. Alors juste avant d'arriver à Grenade, j'ai fait une crise terrible, dangereuse, pas spectaculaire.
Pour te la décrire, imagine que tu vives, tu bouges, tu existes parce que tu as une prise qui est branchée au courant. Et que là, dans la seconde, je t'enlève la prise.
Tu t'affaisse, tu n'es plus rien, tu deviens une poupée en siphon. Tu ne peux plus rien dire, tu n'as plus de tonicité, tu descends doucement et tu te liquéfies par terre. Ce genre de truc-là sur mon bateau en solo.
Oui, donc à gérer ça doit être… Olivier Roland La première fois que ça m'est arrivé c'était Grenade, il faut que tu cherches une chose, c'est quand on navigue beaucoup en bateau, on voit énormément la police et les autorités.
Chaque fois qu'on arrive dans une ligne, il faut aller se déclarer, donc il y a des formalités, il y a de la police, etc. Et puis quand tu pars, pareil, on fait un machin.
Donc arrivé à Grenade, je vais faire mes formalités. Et c'était à l'époque où il y a eu des événements assez importants politiques, Et donc tout le monde était sur les dents, tout le monde était armé, il y avait les kalachnikovs, machin, etc. Donc quand tu arrivais pour faire les formalités, c'était pas... C'était tendu.
Voilà, c'était tendu. Et j'arrive devant, donc, cette brochette d'homme en marme pour faire mes formalités, je vidais comme un sauvage. J'avais les cheveux au milieu du dos.
Sur mon bateau, je vivais nu, j'étais seul et je fuyais toute la société. donc j'étais bronzé comme ce n'est pas permis, et donc j'arrive devant cette brochette d'homme en arme, et c'est le premier débranchement qui arrive.
Thierry Leccet. Et là, tu t'écroules. Olivier Roland. Je m'écroule devant eux, en douceur, ce n'est pas violent, j'écroule, c'est curieux, je pense que la tonicité s'en va doucement, parce que tu ne tombes pas.
Thierry Leccet. Oui, c'est une baisse progressive de courant. Olivier Roland. Mais qui se fait en trois secondes, tu as le temps de tomber doucement, tu vois, c'est terrible, je vois le film encore, c'est dingue, et me voilà donc à Grenade, il fallait que je parte, la saison des disciples en arrivait, et j'avais encore une traversée à faire, deux jours de mer, une nuit, deux jours de mer.
Thierry Samitier-Leclerc De Grenade jusqu'au Vénézélande ? Olivier Roland De Grenade jusqu'au Vénèze. Et conditions de météo assez clémentes, même très clémentes, pas de vent, et par contre une très forte houle résiduelle.
Je explique ça pour des raisons techniques, Parce que du coup, là où faisait bouger le bateau, la voile battait et j'avais un catamaran avec une grande voile lattée, avec des grandes lattes qui font toute la voile.
Et à force de battre, l'usure a fait qu'une de mes lattes est passée à travers les goussets, est passée devant le mât mais au-dessus de la barre de flèche. Conséquence, impossible d'affaler ma voile.
Impossible de la descendre. Conséquence directe, si le vent se lève, je ne peux pas réduire la toile, je s'avire. Si je s'avire, c'est un cata, le bateau se retourne et je ne suis pas très bien. – Oui, surtout avec tes capacités physiques diminuées.
– En plus, là c'est la fin du voyage complète, ce n'est peut-être pas la mort tout de suite, je ne pense pas d'ailleurs parce qu'on se sort de ce genre de choses, mais c'était hyper dangereux.
Et quelle solution j'avais ? Vous savez, la seule, c'était de monter dans le mât, seule, avec quelqu'un qui me tient la prise et qui est prêt à la débrancher n'importe quand. OK ?
Je ne peux pas m'assurer, je vais quand même dans le mât. J'ai passé deux heures à me dire, je fais quoi ? Je fais quoi ? J'y vais et je risque de m'affaler comme une vieille merde sur le pont et de me fracasser, ou bien j'attends que le vent me fasse chavirer.
Je fais quoi ? Et c'est là que j'ai compris qu'il fallait que j'arrête. Ça allait trop loin, quoi. Mais bon, il fallait y aller, donc j'y suis allé, je me suis assuré au maximum, j'ai fait ce que j'ai pu, j'ai récupéré ma latte, j'ai pu descendre ma voile, réparer, continuer, je n'ai pas eu...
Il a été gentil. Tu n'as pas été débranché. Je n'ai pas été débranché à ce moment-là, et je suis arrivé donc au Vénèze dans un sale état puisque je faisais une crise, et là c'est un état d'épuisement vraiment important. La conscience est toujours là, tu vois toujours.
Il y a un truc étonnant qui se passe, c'est que pendant la crise le corps s'écrète de la cortisone lui-même, et donc il y a un état d'euphorie, donc tu ne le vois pas. Thierry Lalocne C'est un peu comme si tu étais dopé. Thierry Lalocne Mais c'est après quand ça s'en va, là tu vois les dégâts, tu mesures quoi.
Donc me voilà dans cette île, Margarita, au nord du Vénézuéla, j'ai décidé d'arrêter. Mon île déserte je l'ai trouvée juste à côté un jour et demie de mer. Sur mon profil Facebook c'est la photo qui est en présentation, on voit mon bateau, il s'appelait Poisson-Lune à ce moment-là, et avec la crique derrière et le bleu de...
Et donc j'ai passé un mois seul sur cette île-là, île déserte, il y avait des poissons, des pirouquets multicolores sous le bateau, pour manger, je plongeais un quart d'heure avant de manger, je prenais mon poisson, je le remontais, j'avais des algues, j'avais bien sûr des provisions, il n'y avait pas grand-chose, ça tient quelques noix de coco, mais j'ai passé un joli mois, j'ai vraiment assouvi mon île déserte, je l'ai assouvi,
et donc j'ai décidé de rentrer, mais c'était encore un peu tôt, parce que juste derrière cette île déserte, c'est la Tortuga, c'est l'île de la Tortuga en plus, c'est mignon quand même, il y avait l'archipel des Roquesses, alors ça c'est un ensemble d'îles désertes, à l'époque c'était sauvage comme ce n'est pas permis, sur la carte, pour un marin la carte c'est fabuleux, la carte c'est l'avenir, et sur cette carte des Roquesses il y a
marqué zone insondée, tu vois, c'est tout un mystère. C'est fabuleux, donc j'ai voulu y aller. J'y suis allé, et mystère pour mystère, je suis tombé sur un couple d'âge différent, un couple en bateau comme moi, un type d'une cinquantaine d'années, une nana d'une vingtaine d'années, une blonde magnifique, moi j'étais en dehors du coup, il était hors de question que je drague ou quoi que ce soit, mais par contre au niveau du rêve,
c'était pour moi formidable. Et donc j'ai voyagé un petit peu avec eux, dans les roquettes, on s'est retrouvé dans des mouillages et je passais mes journées, moi j'étais fatigué, je passais mes journées sur le pont à la regarder faire de la planche à voile, pour s'amuser autour, le soir je l'entendais s'engueuler avec son mec, c'était une histoire, c'était pas une histoire simple entre eux.
J'ai beaucoup, beaucoup fantasmé sur cette fille qui était magnifique. Et on a décidé de continuer à voyager ensemble. On décide de partir, comme moi j'avais un bateau rapide et eux un bateau lent.
Ils sont partis le soir et moi je devais partir le lendemain matin et on devait se retrouver sur la côte vénézuélienne le lendemain soir. Manque de bol, le vent tourne dans la nuit, je me retrouve le vent dans le nez, le lendemain impossible de les retrouver.
J'ai dû tirer des bords pendant trois jours pour arriver à l'endroit. J'arrive à l'endroit, je calcule rien, je fais de l'eau, des vivres, je prends de l'essence et je m'en vais au deuxième rendez-vous qui était l'île Margarita.
Mais ce que je ne savais pas, c'est qu'ils étaient arrivés là, qu'ils n'avaient pas pu continuer, que le type était parti en avion en Margarita et que la fille était restée seule avec le bateau là.
Et moi je suis parti tout de suite. C'était marrant quand même. C'était marrant. Et j'arrive sur cette île, donc le deuxième rendez-vous, où je rencontre le copain, et le copain, il me reçoit, sympa comme tout, et il me présente un bouquin.
Moi je courais après le fantasme d'une fille magnifique, et il me donne un livre. Ce livre s'appelait La guerre des crues, de Burgère. J'étais en dehors du monde, rien à voir avec le mouvement dont il s'occupait, j'étais totalement en freelance, j'ai lu son livre avec mon environnement, j'étais en Amérique du Sud, Venezuela, avec une viande de qualité extraordinaire, des fruits tropicaux, vraiment une plage alimentaire formidable.
— Et ce livre, il parlait... — Il parlait de manger cru. — De manger cru, et finalement que ça allait tout résoudre. — Voilà. Lui, il disait que ça fait le café, ça vit de la poubelle, c'était extraordinaire. J'avais rien à perdre, moi. J'avais rien à perdre, pas faire la cuisine ça me plaisait bien, il y avait une plage alimentaire formidable, j'ai été séduit, j'y suis allé, j'y suis allé mais j'y suis pas allé...
j'ai été aspiré par ça, j'ai été aspiré et j'ai compris plus tard, dans mon affection il y avait quelque chose avec la viande, avec la mieline, avec la viande crue.
et j'ai eu une attirance énorme pour la viande crue. Thierry Samitier-Lacroix Tu le racontes dans ton livre d'ailleurs, parce que la première fois que tu as fait un repas, tu t'attendais à te régaler de fruits tropicaux, et puis en fait, ton appétit s'est allé sur la viande crue, tu ne t'y attendais pas du tout.
Olivier Roland Vous avez des papas, ils avaient fait un petit plein d'ingrédients. Thierry Samitier-Lacroix J'ai vécu un peu la même chose à titre personnel, je t'avais raconté comment moi aussi au départ, dans mon état de diminution, c'est vraiment la viande crue qui m'attirait, alors que je ne m'y attendais pas du tout, et moi ça m'a choqué à l'époque, ça m'a vraiment choqué.
Avec la tête on voulait ces fruits tropicaux, on ne voulait pas ça, c'est ça qui devait nous revirer au gré. Oui, et puis le fruit ça sent bon, c'est l'anti d'une belle aura, alors que la viande c'est un côté un peu plus, on dit... C'est plus difficile.
Oui, c'est plus difficile. Et ça s'est passé comme ça, et ça faisait quand même depuis quelques temps, mon état c'était que je prenais les cachets tous les jours, j'avais des maux de tête terribles, Quand j'étais sur le bateau, il n'y avait pas de problème, je pouvais me tenir partout, mais dès que j'allais à terre, je prenais une canne, je faisais semblant, j'avais une canne à sucre, ce n'est pas un bâton pour jouer,
mais j'en avais besoin à terre. Thierry Samitier – Il y avait ta vision aussi qui était nettement diminuée. Olivier Roland – J'avais la vision qui venait d'être atteinte par Gibraltar, par cette crise, j'avais ces trois choses-là, et au bout de trois jours, au stupeur, je me rends compte que j'ai oublié de prendre mes cachets.
et je me suis rendu compte que je n'avais plus mal. Tu t'es dit qu'il y a quelque chose. Il y a quelque chose d'important aussi. Je ne vais pas y revenir. Pour clarifier, en suivant les préceptes de ce livre, tu t'es mis à manger tout cru du jour au lendemain.
Tout cru au lendemain, mais pas comme dans le livre. Ça je ne pouvais pas parce que je n'avais pas d'organisation. C'est-à-dire que je ne pouvais pas faire un repas à midi et un repas le soir.
Ce qu'il préconisait, c'était de manger plusieurs aliments au repas en les sélectionnant avec l'odorat, et faire ça à midi et faire ça le soir. Moi, je ne pouvais pas, j'étais capitaine de mon bateau, c'est moi qui devais assurer tout, donc je naviguais pendant deux heures, j'allais voir si je trouvais quelque chose, je mangeais quelque chose, et un seul truc, donc sur un plan digestif c'était d'une grande simplicité, puis je remontais sur le pont, je refaisais mon boulot...
Thierry François — Puis dès que tu avais un nouveau faim, tu redescendais, tu prenais quelque chose ? je ne prenais pas au pif, je ressentais ce qui était le mieux, ce qui était le meilleur, et j'ai fait ça pendant tous les jours.
C'est-à-dire que d'un seul coup, j'étais plongé dans ce que des années plus tard, j'ai découvert être l'alimentation du cueilleur originel. Mais j'ai mis des années pour le comprendre, je l'ai fait, et je l'ai fait avec le sentiment de transgresser la parole du maître.
Ce n'est pas comme ça qu'il fallait le faire. Et très vite, il y a un truc qui est amusant, une situation en particulier. Je rentrais vers la Martinique. Pour ça, je devais longer la péninsule de Paria. C'est une immense péninsule, il y avait trois jours de mer, très très haute, avec beaucoup de fond.
Je passais très près, il n'y avait pas de vent, donc j'étais au moteur. Je passais ma journée à regarder défiler une falaise, un spectacle grand écran.
Même distance tous les jours, même spectacle. Heure après heure, je ne voyais pas de différence au niveau de ma vision. Le premier choc, ça a été la première nuit, je me suis arrêté, j'ai dormi 8 heures.
Le lendemain, j'ai ouvert les yeux, j'ai regardé le même spectacle que la veille, et j'ai dit, waouh, il s'est passé quelque chose là. Cette nuit, il s'est passé quelque chose. Et j'ai compris que la nuit, c'est 8 fois 1 heure, c'est 8 heures d'amélioration de mon œil, que l'amélioration dans la journée ne se faisait pas. Je ne le voyais pas.
Mais après la première nuit, avec ce régime alimentaire au top d'un seul coup, vraiment arrêter les aliments transformés et mettre exactement les aliments qu'il faut avec la digestion d'un seul aliment à la fois...
Thierry Samitier – Oui, donc idéal, la simplification alimentaire. je ne suis pour rien, je n'ai pas fait de prêts. Thierry Coulon-Rechercheur Oui, c'est les contraintes qui t'ont amené à ça.
Olivier Roland Voilà, c'est les accidents de vie qui m'ont amené dans cette situation tout à fait paradoxale avec aucun lien social, pas d'apéro, personne pour me tenter. D'un seul coup j'étais plongé dans un idéal extraordinaire que j'ignorais, mais j'ai vu le résultat, et le résultat c'est que jour après jour ma vie est revenue, et ça s'est passé comme ça pendant les 4-5 jours de la péninsule de Paria.
Je suis arrivé finalement à la fin de la péninsule de Paria, dans une petite crique qui s'appelait Pargo, mais perdue il y a plusieurs jours de marche de la civilisation, où vivait une petite tribu, où j'ai passé quelques jours avec elle.
Et là, j'ai vécu quelque chose d'extraordinaire. Ce qu'il faut que tu comprennes, c'est quand tu as 30 ans, et qu'on t'apprend que tu vas dans le mur comme ça, tu te construis des défenses, mais en béton armé.
Oui, une armure, mais tu sais que t'es foutu, alors tu te protèges, tu te bétonnes de partout, c'est une certitude, tu vis avec, tu t'intègres, tu te noies, tu y es, tu deviens cette maladie-là, tu deviens ta propre sang.
Mais c'est profond, c'est profond dans le psychisme. Et quand j'ai compris qu'il y avait une fissure dans le béton, Thierry Leclerc – Une possibilité d'autre chose. Olivier Roland – Je te jure, ça a été presque plus violent que le reste, C'était presque plus violent que la construction de l'armure.
Je ne sais pas comment le dire. – Oui, mais tu le décris, tu ne t'attendais pas à ça. Ce n'était pas intégré dans ton programme. – Non, non, c'était d'une violence terrible.
Et je m'en souviens comme si c'était extraordinaire. Et à partir de ce moment-là, eh bien, je n'ai eu de cesse de comprendre ce qui m'était arrivé, de comprendre le cru, de comprendre pourquoi, comment. – Oui, parce que tes symptômes ont commencé à disparaître petit à petit.
– Alors, je n'ai plus aucune crise. – Ah oui, en fait, dès ce moment-là, tu n'as plus jamais eu de crise. J'ai plus jamais écrit, sauf que j'ai voulu transmettre mon témoignage, et donc j'ai écrit, et je me suis retrouvé face à un dilemme.
J'ai découvert quelque chose de magique, je vais avec ce livre embarquer des tas de gens là-dedans, et si tu te trompes ? Et si c'est une simple rémission spontanée comme ça existe là-dedans, qu'est-ce que tu fais Don ?
Tu prends le risque ? J'ai dit non, et j'ai remangé cul. Oui, c'est vrai, tu as voulu voir ce que ça donnait. Oui, et j'ai recommencé à manger cuit.
La première semaine, j'avais des maux de tête. La deuxième semaine, j'avais mal au ventre partout, tout le temps. Et à la fin de la troisième semaine, j'ai eu la première parastésie.
Et la quatrième, j'étais à l'hosto. Démonstration flagrante. Voilà. Je l'ai fait une première fois, mais là, c'était un roman. Je l'ai refait après, avant la publication de le Régime du plaisir.
Parce que là, c'était la méthode. là j'embarquais, je disais, allez, je vais vous montrer comment on fait. Seul avec la mère, non, je racontais mon histoire, je ne disais pas, faites-le. Donc je l'ai refait une deuxième fois, et là pareil, au stop, après j'ai terminé, je n'ai plus fait.
Thierry Samitier-Lacroix C'est bon, j'ai compris, la preuve gelée, la conviction gelée, on arrête de te déguiser. Olivier Roland Donc je me suis retrouvé par go avec cette renaissance, cette résurrection. Tu imagines dans le mental la puissance énergétique qui t'arrive d'un seul coup.
Tu te fais un programme dans lequel tu as les droits vers la mort, la dégénérescence, et d'un seul coup tu avais une nouvelle vie qui s'ouvrait devant toi. Et en plus j'avais trouvé une clé, et je ne voulais pas la garder pour moi, je voulais la donner.
Oui, il a raison qu'il avait fait que tu avais fui le monde, parce que finalement tu n'avais rien à donner à ce monde, et c'était trop dur la confrontation, et d'un seul coup tu étais riche d'une connaissance.
Et ça je voulais le donner, mais le problème c'est qu'à l'époque je n'étais rien, je n'avais aucun titre, je n'avais aucune connaissance, oui j'avais quelques connaissances scientifiques, J'avais une expérience de bateau, une expérience de rémission, spontanée entre guillemets, hein, ce que diraient les autres, ce que dirait tout le monde, et une envie chevillée au corps de le donner, de le rendre, de rendre au monde ce qu'on m'avait donné, quoi. Burgère m'avait donné ça,
il m'a ouvert une porte. D'ailleurs c'est marrant parce que quand je suis retourné en Martinique, Burgère était justement venu faire une conférence et un stage. Et j'ai absolument voulu suivre le stage pour enfin faire bien les choses.
Donc j'ai suivi tout le stage, j'ai ensuite scrupuleusement suivi exactement comme il fallait faire, et décidément ça ne le faisait pas. Thierry Samitier-Lacroix Ça ne marchait pas pour toi.
Olivier Roland Pour moi non. Thierry Samitier-Lacroix Mais c'est très important ce que tu dis. Olivier Roland Je pensais que ce n'était pas pour moi. Thierry Samitier-Lacroix Dans cette approche, il y a vraiment une dimension de l'écoute de son propre ressenti qui est vraiment essentielle pour moi.
Et dans ton histoire de guérison aussi, il y a ça avant tout. J'ai eu une chance extraordinaire que la vie m'ait amené devant ce mode alimentaire fondamental de l'homme. C'est un hasard extraordinaire.
Si je n'avais pas eu tout ça, on aurait attendu des décennies pour trouver pour quelqu'un et vraiment la volonté d'aller chercher le travail que j'ai fait, les travaux de recherche, les 10 ans que j'ai passé avec tous ces scientifiques, parce que je savais.
Et donc j'y suis allé, j'ai creusé, j'ai vaincu toutes les résistances. Si je ne l'avais pas vécu, je n'aurais jamais tenu, je n'aurais jamais eu la volonté. C'est uniquement pour ça que je suis là.
Thierry Samitier Tu as quel âge maintenant Dominique ? Il ne faut pas le dire, mais plus de... Allez ! Dominique Je vais le dire, j'ai 60 ans.
Thierry Samitier Tu as 60 ans. Donc tu es 31 ans, parce que... Dominique 30 ans. Thierry Samitier Plus aucune crise. Dominique Non, les deux petites... Thierry Samitier Oui, les deux provoquées, plus aucune crise.
En théorie, tu n'es pas guéri, parce que ça, on ne guérit pas. Dominique Non, mais je ne le dis pas, et je le répète haut et fort. Tu es en rémission active.
Tant que je le mange comme ça, c'est bon, si j'exagère, je replonge. Par contre, les choses se calment quand même dans cette maladie, c'est reconnu, c'est-à-dire qu'en général, elles sont de moins en moins virulentes, c'est-à-dire qu'aujourd'hui j'ai pu assouplir un petit peu, ce qui me permet aussi d'assouplir ce que je veux transmettre.
Ce qui n'enlève rien aux personnes qui ont vraiment quelque chose de grave. Mais maintenant, même pour moi, je peux tolérer une alimentation moins parfaite que celle que j'avais prise. La perfection m'a sauvé, maintenant je tolère, ils acceptent très bien.
Je peux échanger, je peux manger là pendant ce rassemblement, j'ai mangé des salades, des mélanges de salades... Ça ne pose aucun problème pour toi. Et puis d'autant plus que j'ai la recette magique le lendemain et le surlendemain.
Oui, tu sais à quoi tu dois revenir. Voilà, j'ai une carte maîtresse dans ma poche, je ne suis pas obligé de m'en servir tout le temps, et c'est bien ce que je conseille, cette carte maîtresse que je veux transmettre à tout le monde le plus possible, que j'ai étudiée, je suis allé vraiment voir à quoi ça correspondait, on en parlera dans la prochaine vidéo.
Absolument. Je la présente vraiment comme une carte maîtresse, pas comme une idéale, de toute façon on ne peut pas le pratiquer, on ne peut pas être comme moi sur un bateau vivant. Tu avais des conditions idéales pour pratiquer une espèce d'absolu alimentaire qui n'est possible que parce que tu étais seul, parce que les conditions sociales faisaient qu'il n'y avait pas de vie sociale, et donc tu pouvais faire ce que tu voulais.
Et ça, ça a été tout ton travail de recherche de ces dix dernières années. Olivier Roland Oui, mais après ça, attends, je t'interromps, parce qu'il y a une petite parenthèse, c'est qu'après ce premier voyage avec ce bateau, j'avais découvert cette clé magique, je suis rentré, j'ai vendu le petit bateau, j'en ai racheté un plus grand, Et j'ai fait un deuxième périple, mais en étant...
A. Avec ton plein potentiel. J.-L. M. Voilà, j'allais dire en Dieu. On est tous Dieu. Dieu est en nous. Et on le sait quand on est jeune, on a cette force, cette puissance. Et puis, on retrouve cette jeunesse quand on redonne à notre organisme toute sa dimension naturelle. Et j'ai fait ce deuxième voyage, ça a été extraordinaire.
et j'ai atteint des sommets, vraiment, et on le ressent bien dans le livre dans « Quand je serai seul avec la mer ». Dans « Quand je serai seul avec la mer », j'ai rencontré la vie.
Thierry Samitier-Leclerc – Tu étais euphorique, tu as des descriptions de moments d'extase, littéralement. Olivier Roland – Fabuleux, fabuleux. Imagine, j'étais en pleine forme physique, mentale, j'allais d'île en île, j'allais cueillir des cocos, des fruits, j'avais le poisson, j'avais le soleil, la mer, Je commençais à rencontrer des gens, j'échangeais, je donnais.
Thierry Samitier – Aucune contrainte sinon de vivre à la boussole de ton essai. Olivier Roland – Égouter, égouter la vie, le sel, le vent, les poissons volants, quand tu navigues, qui tombent sur le pont, ah oui, c'était magique, extraordinaire. Tu sais que j'ai énormément de mal à relire quand je suis seul avec ma mère, je pleure quand je relis.
Thierry Samitier – J'imagine, parce que c'est un livre qui m'a donné beaucoup d'émotions. Olivier Roland – Oui, mais c'est le mec qui l'a écrit. Thierry Samitier – Oui, j'imagine. Ça fait longtemps maintenant, donc j'ai vécu beaucoup d'eau à couler sous le pont, mais je sais que ce livre est exceptionnel.
Il n'est pas à moi, ce n'est pas vrai, j'étais habité à ce moment-là. Thierry Leccet. Oui, mais je le confirme. Et d'ailleurs c'est ce qui a fait que moi je t'ai dit, ça a été mon livre de chevet à une époque où j'étais le plus mal parce que je sentais ce souffle de l'inspiration et que je me disais moi aussi j'y crois et c'est possible. Et puis je l'ai vécu, je l'ai vécu de la même manière.
Dominique, tu disais que quand tu étais rentré, tu avais envie de partager, Et tu as une démarche que je salue qui est bien différente de la mienne et qui tombe à point nommé, c'est-à-dire que toi tu es parti dans le travail de recherche.
Tu peux nous en dire quelques mots, et puis ensuite on va couper et on fera une deuxième vidéo pour parler de tout ce que tu as découvert et ce que tu as mis en place, et puis le résultat de toutes ces recherches que tu nous livres maintenant.
A. D'accord, donc le deuxième voyage avec ce deuxième bateau qui s'appelait Imagine, puis je rentre en France. Et là, il y a une parenthèse, avant que j'attaque ce programme de recherche, c'est que j'ai passé à peu près 8 à 10 ans à vivre et à enquêter et à partager le monde de tous les gens qui m'ont écrit à l'époque.
Je suis allé vers eux, j'ai voulu les fédérer, j'ai voulu emporter le mouvement avec moi. Et donc j'ai rencontré énormément de gens, j'ai pris énormément de témoignages, j'ai voulu enseigner, j'ai vu le résultat, j'ai vu comment ça se passait, et j'ai commencé à enseigner ce que j'avais appris, ce mode alimentaire.
Et je l'ai fait pendant plusieurs années, j'ai vu passer des dizaines de cas. J'ai vraiment acquis une connaissance et une expérience vraiment importantes, en tout cas sur le terrain, auprès des gens.
Thierry Samitier-Lecqueur. Puis une vraie connaissance, c'est-à-dire la connaissance étant l'expérimentation. C'est-à-dire, la personne arrive, elle est comme ça, elle repart, je la suis, je la vois deux mois après, etc. et je vois le résultat.
Donc, je savais que j'étais dans le juste, que c'était la voie. Le seul problème que j'avais, c'est que le climat était très, très défavorable à l'époque, le paradigme culinaire était très...
Il se défendait, mais très, très fortement. C'est que toi, tu as connu la libération, tu as participé, tu es à la naissance de la libération.
Thierry, je suis arrivé au bon moment. Olivier Roland Moi, j'ai vécu à une époque où c'était dur, il y avait des problèmes avec différentes questions, avec Burgère, il y a eu des problèmes de législation, etc. qui ont beaucoup compliqué les choses.
Thierry Mais avec beaucoup d'amalgame finalement. Olivier Roland Beaucoup, énormément d'amalgame, c'était vraiment difficile, mais surtout ce qui m'a décidé à changer c'est que pour arriver à élever la conscience alimentaire d'un individu, il fallait que je développe des trésors d'ingéniosité, il fallait que j'y mette tout mon affect, ça arrivait à passer s'il y avait de l'amour qui circulait, il fallait vraiment un investissement phénoménal, et j'y arrivais, seulement quand moi, je mettais une semaine à élever la
conscience alimentaire de une personne, dans la même semaine, la société en formatait 100 000, 200 000. Donc je me suis dit, c'est la goutte d'eau, mais le vase il est percé, ce n'est pas qu'il est percé, c'est qu'il n'y a même pas de fond, tu mets une goutte, la goutte tombe, et là j'ai compris que je ne ferais rien, qu'il allait falloir changer les choses, autrement il y allait par le fond.
Et c'est là que j'ai pris la décision de tout arrêter, de me couper du monde crudivore de l'époque. Thierry Samitier – Littéralement, tu as disparu. Olivier Roland – J'ai disparu.
Thierry Samitier – Je me souviens à l'époque, on avait eu un premier contact avant que tu ne plonges complètement, Et puis après, il n'y avait plus que Dominique Luiot, personne ne savait où il était.
— Et c'est là que j'ai commencé ce que je vais te raconter dans la prochaine vidéo. — Je te remercie Dominique parce que c'est un témoignage qui est très important pour moi parce qu'il m'a nourri à une époque où j'avais vraiment besoin d'être nourri, d'être porté.
Je pense que c'est aussi un témoignage très enthousiasmant pour toutes les personnes qui ont des atteintes neurodégénératives comme l'asclérose en plaque. — Ça va bien au-delà, je le sais.
— Je sais que ça va bien au-delà. Et c'est surtout un formidable témoignage parce qu'il prépare à ce qui va venir ensuite, c'est-à-dire vraiment le premier travail à ma connaissance de justification scientifique de pourquoi ça marche aussi bien.
Je te remercie Dominique. D.L. J'espère que cette histoire a participé à ce que tu deviennes, ce que tu es devenu, parce que moi aussi j'ai envie de te dire chapeau. T.H.M.
Merci Dominique. C'est certain qu'elle y a participé. Je te dis, ça a nourri mon imaginaire. D'ailleurs, je te l'avais dit à l'époque, je t'avais dit, j'aurais toujours voulu être navigateur.
J'ai une peur absolue de la mer, donc moi je me suis retrouvé à être navigateur sur la terre avec mon camion et ainsi de suite, mais ça m'avait donné une envie d'aller en mer, mais j'avais une impossibilité.
Thierry Samitier – Rassure-toi mon Marlin ! Thierry Samitier – Merci Dominique !
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